Fotografía: Lucio Russo — Miraggio di Lux / Semplicità del Caos

Raïs Neza Boneza, poète, écrivain et activiste pour la paix, est né en République démocratique du Congo et vit aujourd’hui en Norvège. Son parcours personnel et littéraire est profondément marqué par l’expérience de l’exil, mais aussi par une recherche constante de liberté, de dignité humaine et de réconciliation.

Lors du II Encuentro Internacional de Poetas del Mundo en Italia, du 12 au 20 juin 2026, Raïs a représenté la voix africaine au sein d’une délégation réunissant des poètes venus d’Afrique, d’Europe et des Amériques. Le parcours a traversé Rome, Florence, Bologne, Ferrare, Rovigo et Mestre/Venise.
Sa présence au sein de cette rencontre s’inscrivait dans une diversité de voix venues de plusieurs continents, parmi lesquelles celles de Maggy Gómez Sepúlveda et de Rajaa Gharbi.

Son œuvre ne se limite pourtant pas à témoigner de la douleur. Dans ses poèmes apparaissent également le rêve, la beauté du monde, la nature, l’amour, la patience et cette espérance qui accompagne celui qui continue à chercher un chemin malgré les blessures de l’histoire.

Raïs Neza Boneza poursuit aujourd’hui son travail littéraire, artistique et en faveur de la paix depuis la Norvège. Sur son site personnel, il présente son parcours, ses publications et les différents projets qui accompagnent son travail autour de la poésie, de la mémoire, de la dignité humaine et de la paix.

Dans cette vidéo, Raïs Neza Boneza partage sa poésie et une partie de son parcours lors de la IIe Rencontre Internationale des Poètes du Monde en Italie. Sa voix, marquée par l’expérience de l’exil, la liberté, la paix et la dignité humaine, porte un message profondément universel.

Raïs Neza Boneza, poète de la République démocratique du Congo vivant en Norvège, lors de la IIe Rencontre Internationale des Poètes du Monde en Italie 2026

Voici sept secrets qui permettent d’entrer dans l’univers poétique de Raïs Neza Boneza.


1. L’exil devient une matière poétique

Chez Raïs Neza Boneza, l’exil n’est pas seulement un déplacement géographique. Il devient une expérience intérieure.

Dans le poème Second Dimension, le personnage observe le monde depuis une forme d’enfermement. Il regarde les passants, attend, rêve et cherche un espace où son esprit puisse échapper aux difficultés du quotidien.

L’image du verre d’eau devient alors particulièrement forte : dans cet univers marqué par la solitude, le poète parle d’« un sorso di libertà », une gorgée de liberté.

Cette poésie donne ainsi une dimension humaine à l’expérience de celui qui se retrouve loin de sa terre, sans adresse véritable, entre mémoire et avenir.

Le site de Raïs présente d’ailleurs Nomad: A Refugee Poet comme un recueil consacré au déplacement, à la mémoire, à la survie et à la dignité fragile du mouvement.


2. La liberté est une aspiration fondamentale

La liberté constitue l’un des grands fils conducteurs de son écriture.

Dans Freedom’s Plea, le poète imagine une humanité qui aspire naturellement à « déployer ses ailes » et à vivre dans un espace où le savoir et les possibilités ne seraient pas réservés à ceux qui possèdent les richesses.

Mais Raïs ne présente pas la violence comme une réponse simple aux injustices. Son poème met également en garde contre la possibilité de remplacer une oppression par une autre.

La liberté apparaît ainsi non seulement comme une revendication politique ou sociale, mais comme une condition fondamentale de la dignité humaine.


3. L’Afrique est une mémoire vivante

L’Afrique occupe une place essentielle dans l’univers de Raïs.

Dans Alkebulan, il s’adresse à l’Afrique comme à une mère, convoquant plusieurs noms, territoires et mémoires historiques du continent : Khemet, Mandé, Nubie, Ruwenzori…

Son regard ne se limite pas à la souffrance historique. Il exprime aussi une volonté de renaissance et de dignité.

Cette dimension africaine est également présente dans son travail de réflexion sur la paix. Dans sa présentation de Amani, Raïs explique que ses voyages en Afrique l’ont amené à observer des communautés fondées sur l’interconnexion entre les êtres humains, les ancêtres, les animaux et la nature. Il relie cette conception à une recherche de paix et de bien commun.

Son œuvre devient ainsi un dialogue entre mémoire africaine et conscience universelle.


4. La poésie peut devenir un espace de paix

Chez Raïs, la poésie n’est pas séparée de son travail pour la paix.

Son parcours réunit littérature, recherche, dialogue public et travail autour de la transformation des conflits. Son site le présente aujourd’hui comme auteur, poète, éditeur et praticien de la paix.

Cette relation entre poésie et paix apparaît notamment dans Amani, dont le titre signifie « paix » en swahili.

Dans la présentation de ce recueil, Raïs explique que la paix passe aussi par la reconnaissance de notre origine commune et par le respect des relations qui unissent les êtres humains, les communautés et la nature.

La poésie devient alors un lieu où peuvent se rencontrer la blessure et la guérison, la mémoire et l’espérance, l’individu et la communauté.


5. La nature ouvre une porte vers le spirituel

L’un des aspects intéressants de sa poésie est la présence constante de la nature et du cosmos.

Dans Nomad, les cascades africaines, les océans, l’Himalaya, les saisons, la Terre et le ciel accompagnent la réflexion du poète sur son propre parcours.

Le mouvement de l’eau devient une métaphore de l’existence : les rivières naissent, traversent les obstacles et finissent par rejoindre l’immensité de l’océan.

Le poète se reconnaît dans ce mouvement.

Il avance, voyage, cherche, attend et apprend.

Cette vision rejoint une phrase particulièrement importante de son écriture : le tangible laisse progressivement place au spirituel.

Dans Star Reverie, le regard se tourne même vers la Voie lactée. La nuit, les étoiles, le vent et les souvenirs composent un espace de contemplation où l’être humain retrouve une dimension plus vaste que lui-même.


6. La patience devient une forme d’espérance

Chez Raïs, attendre n’est pas nécessairement rester immobile.

Dans Nomad, le poète affirme que sa vie est façonnée par la patience et que l’attente elle-même devient espérance.

Cette idée est particulièrement forte lorsqu’on considère son parcours d’exil et de déplacement.

Attendre signifie continuer à croire qu’un autre horizon est possible.

Cette dimension est également présente dans son travail récent. Sa nouvelle collection Lutefisk og andre dikt, publiée en 2025, est présentée comme un voyage entre les rues de Trondheim et les savanes africaines, entre l’expérience de l’exil, le sentiment d’appartenance, la liberté et les grandes questions de l’existence.

Le poète avance donc avec sa mémoire, mais aussi avec une capacité permanente à imaginer l’avenir.


7. La dignité humaine reste au centre

Peut-être est-ce là le secret qui rassemble tous les autres.

Dans la biographie publiée par Poetas del Mundo, l’œuvre de Raïs est décrite comme un hommage à la dignité humaine et à la solidarité, tout en maintenant une forme d’espérance au cœur de l’expérience de l’exil.

Cette dimension traverse également End to Humanity’s Schism, où le poète appelle à mettre fin à la division de l’humanité et à faire place à la guérison, à la dignité et à la solidarité.

La poésie de Raïs ne parle donc pas uniquement de celui qui souffre.

Elle cherche à parler de nous tous.

C’est précisément ce qui donne à son œuvre cette dimension universelle : l’expérience personnelle devient une porte d’entrée vers des questions qui concernent toute l’humanité.


Raïs Neza Boneza en Italie : une voix africaine au cœur d’un dialogue international

La participation de Raïs au II Encuentro Internacional de Poetas del Mundo en Italia 2026 a donné une dimension particulière à cette rencontre internationale.

Du 12 au 20 juin, des poètes de différents continents se sont retrouvés en Italie, avec des étapes à Rome, Florence, Bologne, Ferrare, Rovigo et Mestre/Venise. Raïs Neza Boneza y représentait la République démocratique du Congo et l’Afrique, aux côtés de poètes venus notamment de Colombie, du Brésil, d’Espagne, de Tunisie, du Salvador, du Chili et d’Italie.

Sa présence rappelait quelque chose d’essentiel : la poésie voyage.

Elle voyage avec les langues, les cultures, les souvenirs et les histoires personnelles.

Elle peut naître dans une région du Congo, poursuivre son chemin en Norvège et trouver ensuite un nouvel espace de rencontre dans les villes italiennes.

C’est peut-être l’une des plus belles forces de la poésie internationale : permettre à des expériences très différentes de se rencontrer sans perdre leur identité.


Une poésie qui traverse les frontières

Raïs Neza Boneza écrit principalement en anglais, bien qu’il soit issu d’un environnement francophone, et son œuvre circule entre plusieurs langues et plusieurs espaces culturels. Une présentation du lancement de Amani à Trondheim souligne précisément cette dimension linguistique et son parcours entre le Congo et la Norvège.

Son écriture porte ainsi les traces de plusieurs mondes.

L’Afrique y rencontre l’Europe.

L’exil y rencontre la mémoire.

La douleur y rencontre l’espérance.

Et la poésie y rencontre la recherche de paix.

Dans cette traversée, Raïs Neza Boneza continue à écrire comme on construit un pont : entre les êtres, entre les cultures et entre les blessures de l’histoire et la possibilité d’un avenir différent.


Raïs Neza Boneza : une voix de l’Afrique, une parole pour le monde

Au terme de ce voyage dans son univers poétique, il apparaît que les sept « secrets » de son écriture sont en réalité profondément liés : l’exil, la liberté, l’Afrique, la paix, la nature, la patience et la dignité.

Ils composent une poésie qui ne cherche pas seulement à décrire le monde, mais à interroger la manière dont nous pouvons encore y vivre ensemble.

C’est cette voix que Raïs Neza Boneza a apportée en Italie en 2026.

Une voix venue d’Afrique, passée par l’exil, enracinée en Norvège et ouverte sur le monde.

Une voix qui continue de croire que les mots peuvent traverser les frontières.

Et que, parfois, un poème peut devenir un chemin vers l’autre.

La parole semée demeure.

Coco Lisseau