Inutile retour de l'ultime voyageLes lèvres de l'aube voudraient décrisper la nuit. Murmure. L'immense paupière du ciel semble cligner. A peine. L'omphalos du monde demeure un trou noir stupide, piège à toute velléité de lumière. Il aspire comme un précipice. Sur l'horizon un pâle rougeoiement tarde à rider l'obscur d'un rai. Dissuade tout matin. Si ce fil de lumière attendu se présen ...
Inutile retour de l'ultime voyageLes lèvres de l'aube voudraient décrisper la nuit. Murmure. L'immense paupière du ciel semble cligner. A peine. L'omphalos du monde demeure un trou noir stupide, piège à toute velléité de lumière. Il aspire comme un précipice. Sur l'horizon un pâle rougeoiement tarde à rider l'obscur d'un rai. Dissuade tout matin. Si ce fil de lumière attendu se présentait, seule une vigie millénaire pourrait le reconnaître. La nuit voudrait-elle encore se reprendre ? Maîtresse des ombres et des sorts la magicienne aurait donc arrêté le soleil et tiendrait captif l'astre des fleurs pour en finir avec les jours ? Au loin les villes crépitent d'un éveil précoce. Inutile. Les trains de nuit déversent des voyageurs sans montre que leurs bagages conduisent. Hier ils s'étaient embarqués sur la foi d'une nouvelle, quoique disait-on, « il est trop tard et dieu n'est plus ». C'est étrange comme l'obscur ne se dissipe. Point d'ombre qui s'allonge ou s'efface pour indiquer la survenue de la moindre lueur. L'heure serait-elle pour toujours arrêtée ? La demander a-t-il même un sens ? Les bordures, les seuils restent donc invisibles. Les pas les franchissent sans savoir. Danger. Vide. Et silence devant les portes closes, scellées par la nuit. Il faudrait une flamme, un feu, pour voir, pour indiquer où mettre ses pas. Alors peut-être des mains, des lèvres pourraient se toucher, et cette tiédeur légère déciderait enfin l'aube à ébrouer la nuit. A poser un baiser sur le monde pour le convaincre de recommencer. Il est tard pourtant et dieu n'est plus.
Jean-Claude Villainbiografia:
Jean-Claude Villain Né en Bourgogne Jean-Claude Villain a très tôt choisi un ancrage au Sud, et après avoir beaucoup fréquenté la Grèce, partage sa vie alternativement sur les deux rives de la Méditerranée entre Var et Tunisie. Il a publié une vingtaine de livres de poèmes, tous accompagnés de la contribution de plasticiens, ainsi que divers livres de prose, des pièces de théâtre, des essais, des études critiques, des versions françaises de poètes étrangers, et de nombreux livres d'artistes. Ses deux derniers titres [parus en 2008] sont : Fragments du fleuve asséché et Vrille ce vertige
jeanclaudevillain@yahoo.fr