L’aube des corpsJe suis le rêveur incongru qui rate le lapin, ne le trouve plus et rentre en sifflotant. Tout est léger, floue, et ne m’importe. Je n’ai aucun respect pour toute forme de pensée, elle ne vaut pas la peine si elle ne me touche pas. Dieu me donna des sens, il vous donna une âme. Je n’en ai que faire, j’en chante et vous enchante, et si je n’ai pas d’âme vous avez d ...
L’aube des corpsJe suis le rêveur incongru qui rate le lapin, ne le trouve plus et rentre en sifflotant. Tout est léger, floue, et ne m’importe. Je n’ai aucun respect pour toute forme de pensée, elle ne vaut pas la peine si elle ne me touche pas. Dieu me donna des sens, il vous donna une âme. Je n’en ai que faire, j’en chante et vous enchante, et si je n’ai pas d’âme vous avez des oreilles et je vous touche d’un trait comme le chasseur sa prise. C’est celui qui se moque. Moi je ne me moque pas. Je ne sais que sourire, et pleurer aussi. L’âme a été inventée par ceux qui ne savent pas prendre le plaisir du corps et de l’instant. En courant, le chasseur ne perd pas de temps, il crée son âme puisqu’il y perd son corps. C’est en marchant que je fais l’inverse, je croque dans la vie et emmerde votre âme. Je m’en joue. Vous en avez besoin, c’est que vous avez du fond. Moi, je n’ai qu’une idée et c’est un corps, mon corps est une idée. Je ne suis pas ancien, je suis plutôt neuf, mais j’ai cassé le cocon rapidement. Après j’ai pris mon temps. Une fois que vous vivez, il n’y a plus de raisons de courir. Là où le monde se précipite, je m’assois simplement. Si je ne fais rien autrement, c’est que vous allez trop vite.
La puissance de cet être au monde sait se faire faucheuse. Car l’écorce que je raille, le masque qui vous habille, étant un jour vicieux est autrement protecteur. Ma distance nulle avec le monde, ma participation effrénée et incessante aux vitupérations du monde, font que je souffre avec lui et que je ne peux faire des palais dans des vides abyssaux. Si le monde perd substance, là où vous lui donner l’épaisseur de votre âme, je n’ai que la fine pellicule de mon corps à offrir. Ici, je n’ai plus qu’à souffrir. Être entier pose problème, car le monde ne l’est pas. Être simple fait problème car la vie ne l’est pas. Et si les plaisirs fluctuent, les météos se bouleversent, mon corps reste impassible, vallée recevant milles vents toujours changeants, la rigidité du système montre sa limite.
J’ai refusé de m’enliser dans les gouffres impénétrables que vous cachez dans vos arrières mondes fictifs. Je me tiens face au monde sans courber. Si je courbe, je ne me cache pas. Alors le bonheur de l’âme n’est que le plaisir du corps. Je m’enhardis du vin, me ravi de ces mets, me plonge dans la chair et j’en ressors heureux. Suis-je pour autant absurde, ne pense-je donc jamais ? Et si vous saviez, comme légère la vie sans le poids de vos âmes, et comme la pensée se plait évoquant en diamant les bonheurs d’être vivant. Ceux que le corps délivre aiment à penser légèrement.
Je vois d’ici s’arrondir vos sourires imbus, car si je suis léger, je suis folâtre et seul. Pourtant, au fond de mes abîmes, je me tiens sur le fond, celui-là même que vous poursuivez dans un concours de pensée. Ainsi je m’y tiens et si je suis léger ce n’est que de vous voir y plonger aveuglement, drainant des casseroles de sentiments comme des diables grossiers. Sûr de ma petitesse, je me construis maison. Toujours bruissent les arbres, toujours fondent les vagues. Les mêmes. Sur les collines que nous regardons, l’herbe est toujours pareille, les yeux ouverts quand vous dormez, j’y ai dessiné l’aube des corps.
Le crépuscule des penséesJe suis le chasseur éperdu qui place le lapin froid au détour d’un buisson, tire sur une girouette et pavoise de sa prise. Tout est faux, fuyant, au moment de lassitude je le sens bien. Ma pensée n’est qu’un vent, un styl℮, qui n’a de valeur que par l’oreille qui l’entend. Tout est gloire et fierté, spectateur ébahi, poisson pullulant ou pécheur serein, dieu d’un seul matin, nous sommes toujours les petits acteurs d’un spectacle plus grand. Et voilà que la roue reprend ses crans, que je me lance à l’assaut de quelconque conscience que le verbe impressionne. Dénonçant le mouton j’adopte le cheptel. Poète, soit sensible à ma plainte, elle est aussi la tienne, puisque nous sommes à nous, et que le temps variant ne laisse que l’occasion de se faire plus brillant. Exilé, je ne suis plus qu’un homme, quelles sont les voluptés d’une pensée enfermée. Ce n’est pas tant penser qui élève les âmes, qu’exprimer ses tourments et ses douces émotions qui renforce la fierté. Et si un seul instant je ne savais plus, je resterais couché, la terre me recouvrant ne découvrant d’obstacle que la brise sournoise. Chers amis, vous serez tous parti. La suspension de la force de mon verbe est ma mort en petit. La puissance virile ne m’intéresse pas, je suis trop fainéant pour gagner de l’argent et mes plaisanteries font pleurer les charriés sans arracher sourires, je ne suis plus qu’un réceptacle dans lequel l’existence volatile de dominants arrogants vient trouver sa justification. Écoutant apeuré les stances de ces clowns, je me surprends parfois à m’adresser à toi, pour te dire tout bas, comme ma science gloutonne englobe facilement ses ébats ridicules. Je suis pris dans un cercle car m’exprimer ainsi c’est donner tout crédit à l’orgueil de connaître. Au fond de mon cachot, je suis pourtant gagnant, car l’analyse me montre le faible et le fort pris dans les mêmes tenailles de l’ego s’affirmant. Le monde ne tient qu’à ça. C’est une croyance immense, l’émanation de milles certitudes du bien fondé d’actions qui à la lumière du temps ne seront finalement que gesticulations. Au-delà de mes murs le monde grandissant n’est qu’une grande rumeur où il y aurait – on me l’a dit hier – des faibles et des puissants. Vivre, c’est sans cesse se placer sur cette axe qui va de l’exécrable au héros de vos rêves, c’est aspirer longtemps à être un peu plus grand. Marcher c’est déjà se placer par rapport à un espace de valeurs qui détermine et nous fonde.
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Nous voilà bien bête sans miroir où nous mirer. Nous sommes éternellement bringueballés sous nos masques vides, dans une sphère close. Pour en sortir nous revêtons ce masque, celui de la vie. Le monde est un théâtre de masque, une trop grande comédie. Dans la chaleur et la solitude de la réflexion, l’âme honnête ne peut se laisser éclairer par cette révélation. Notre petitesse ne trouve d’égale que dans le degré profondément normal de ce que nous cherchons à dépasser ce qui a toujours été. C'est-à-dire que l’au-delà est contenu dans le là. Nous sommes des êtres d’espoirs qui forment un monde d’espoir. Le monde est un souffle, une tornade contenant toutes les aspirations et les croyances substantielles en eux-mêmes que les hommes formulent. Le constat de l’échec et de la volatilité de cet univers ne se fait que par l’essoufflement de la volonté d’exister - proprement illusoire - qui nous anime. La plupart d’entre nous ne s’essoufflent jamais. Ils se créent des petits mondes à eux, avec milles raisons d’exister, de fausses histoires, colères et même peut-être – il serait vain d’en juger – de fausses joies. Le poète, lui, vaut ce qu’il vaut par la conscience de cette condition. Faire du vent en croyant bâtir avec de la pierre c’est une erreur, mais faire une tempête de chacun de ses souffles, croire en l’illusion seul en son albâtre, et s’y accrocher comme un fou, voilà bien l’œuvre du poète. Il est la conscience de sa futilité et de son mensonge permanent. Le poète ne croit plus au monde. Peut-être même qu’il ne croit pas du tout. Et nous, dans le fond de nos sphères, nous voyons l’envers du masque, et quand nous l’avons vu, nous n’avons plus qu’à nous y fondre à nouveau car il est notre seul moyen d’être parmi les autres et par là même, d’exister. Oh oui, nous croyons au monde. Et, oh magie de l’illusion, à nouveau indivise du masque, nous marchons les épaules hautes, appuyés sur un fond que notre raison fauchait la seconde passée. Et, oh magie de l’espoir, nous créons dans les recoins d’une sphère, des palais de pensées, des déserts de tristesse, des passions éclatées jusqu’à ce que vie ne cesse.
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La pensée est ainsi faite qu’elle révèle les raisons de l’existence en même temps que son inutile superficialité. C’est un instrument délicat qu’il convient de manier avec diligence. Au milieu de la foule, je saurais m’échapper et, par le miracle de la pensée, rejoindre ma sphère des beautés. Pourtant, assis au fond de la sphère, le spectacle qui m’est donné de voir, est une lumière vers le monde, le fond de moi est noir. C’est à vous que mon âme aspire alors, je fracasse mes réflexions sur le mur du besoin de vivre. Les idées devant le monde, sont comme les motifs du sable, à l’abri de la nuit ils sont féeriques, quand vient le jour et la mer, ils vous sont inutiles. Hommes seuls et heureux, c’est à vous que je parle, vous être malhonnêtes et parfois dangereux. Au fond de vos gibecières se cachent bien terrées, la fierté et la gloire. Et quoi ! Il faut bien exister, c’est une nécessité. Tous aussi pitoyables, vous vous roulerez par terre, vous appellerez les astres et la terre nourricière, c’est le silence d’un monde sans vie qui vous caressera l’âme, et ce vent agaçant vous cinglera l’orgueil, nous serons tous agenouillés. Peut être prierons nous, nous irons nous cacher. Ils sont plus forts que nous, ils maîtrisent le monde, ils ne perdent pas la face et ne s’agenouillent pas. Puisqu’il ne nous est plus donné d’exister par la puissance de connaître, nous apprendrons à chanter. Et tout recommencera. Connaissance, espoir, décadence. Le costume du sage, du penseur plein d’ambages, vient nous entourer et au fond de nos sphères, on ne peut qu’observer le crépuscule des pensées.
Maman Nous sommes bien seuls dans un monde de profit, de vitesse et de difficultés, nous sommes bien seuls devant l'adversité. Nous courons bien souvent après le temps et pleurons de temps en temps. Nous voilà dans un temps dégagé du fond, nous pédalons à vide au-dessus de Dieu, de l'être des choses, au-dessus du sens. Nous sommes enfermés dans l'utile. Le monde qui nous entoure s'évanouit dans un rapport de choses et c'est dans ces choses que nous oublions que nous ne sommes pas des automates. L'humanité est plus forte que la technique et cette vie de relation entre les choses se déchire à la moindre brise. Et quand elle se déchire nous ne pouvons plus, et ne devons plus, nous le cacher : sans le sens nous ne sommes rien.
Partons en quête, faisons un effort, puisqu'il n'y a vraiment qu'une seule question dont toutes les autres sont des excipients : Pourquoi la vie vaut-elle d'être vécu ? Rien que cela ! me direz vous. Et bien oui, rien que cela. L'idée est-elle si farfelue : il y a des raisons de vivre.
Quand les hommes parlent, qu'ils abandonnent leurs masques mondains, leurs écorces sociales, ils se mettent tous d'accord : le sens de la vie c'est l'amour. Ce qui donne sens à la vie ce n'est ni la relative richesse ni les plaisirs volatiles, c'est l'amour. Ils se mettent tous d'accord. Tous. Certains appellent l'amour l'amour, ce sont les plus conciliants, d'autres l'appellent la paix, l'engagement ou la grâce. La paix n'est que l'amour à l'échelle du monde, et la grâce des évangiles respirent à plein poumon d'un amour bien voisin.
La véritable étrangeté est cet amour lui-même. Il transcende tout.
Dieu s'il est tout puissant ne l'est que par l'amour. Il aime parfaitement. Et nous sommes à son image. L'amour n'a rien d'aveugle, au contraire, il voit le sens dans les yeux. Il est entièrement positivement polarisé. Il est la seule force capable de relier les hommes en passant par l'être du monde, par Dieu, par le sens ou par ce flot infini qui fonde toutes les choses hors de leurs relations. Cet amour fondateur est partout. Quand nous partons à la quête du sens, nous le rencontrons, mais chaque jour de même nous exécutons des gestes d'amour qui donnent dans un monde de vitesse de profit et des stress, le sens de l'existence, la raison de nos vies.
Le grand amour ne se donne pas par un baiser ou une étreinte, il se donne tous les jours par un millier de gestes. Ces gestes, maman, tu les connaîs par cœur, et les répètes inlassablement. Tu nous remplis d'amour par une tonne de gestes et d'attentions. C'est quand je ne sais plus pourquoi, que je rentre chez moi, au foyer. Là où il fait chaud. Au foyer. Ce n'est pas un incendie qui ravage mon cœur. Pas de Juliette ou de Virginie qui m'enflamme, juste un feu, un petit feu, toujours allumé. Pas le feu qui brûle, celui qui réchauffe, pas celui qui détruit, mais celui qui nourrit. Celui que seul la force du Grand Amour peut attiser patiemment pour qu'il ne s'éteigne jamais. Tu portes péniblement chaque brindille et chaque bûche au foyer pour qu'il y fasse bien chaud.
Tu es toi aussi toute puissante d'amour. On dit que la plus grande preuve de l'amour de Dieu c'est qu'il a créé des êtres libres. Et tu as fait de même : 6 êtres libres : Xavier, Bruno, Remi, Lorette, Fransisco et moi-même.
Et tu restes présente. Comme Dieu tu nous dis : “je suis là et si tu craques, rentre à la maison ce qu'on y trouve emporte toute colère”. Au fond de nous il n'y a que peu de choses, seulement de l'amour qui porte à bout de bras l'absurdité d'un monde. Qui croit encore que nos valeurs, nos principes, nos croyances peuvent nous tenir debout. Tu es un Dieu sans vanité. Ta vitalité est l'avant garde de la plus grande sagesse, la plus simple, que j'ai nommé amour.
C'est au fond de moi que tu restes présente et que tu me tiens debout. Une puissance stable, sûre, rassurante. Une chaleur. Un pilier. Quand tout s'affole, on se raccroche à ta branche. S'il l'on est fatigué, tu nous reposes. Non contente de nous créer, tu nous conserves. Tu es ce qui nous fonde et nous disperse.
Tu assures au monde le plus grand des services après-don. Tu rajoutes des dons sur un don. C'est chaud, c'est gratuit, c'est rassurant, non ! c'est assurant. Ne nous méprenons pas, cet amour n'a rien de futile, il fonde l'unité des enfants. Il n'est pas un amour il est l'Amour. Celui qui accompagne. Le monde ne me donne pas, a priori, l'unité de moi-même. L'unité se reçoit en conquête. Ce qui donne le moi c'est l'amour que je reçois.
Tu m'as nourri et me nourris encore. Tu m'as gardé tout en me libérant. C'est peut-être le seul véritable miracle du monde. Le seul rempart à la folie de la raison. C'est l'inexplicable. On connaîtra la formule de la pensée et du rêve avant celle de l'amour, j'en suis persuadé. Tu es libre, libéré et libératrice. Je suis armé face au monde. Armé de ton amour, debout sur ses piliers, je me fais milles promesses, j'ai du courage pour cent, je veux tout connaître puisque tu me l'a permis. La soupe est chaude, l'espace est libre, la place est grande. Je prends tout, me gave de ton amour et affronte le monde. Et quand je croise la bêtise, la félonie ou la misère je sifflote et me lance, du fond de moi, de TOI, maman.
Biographie :
Pascal Ferren, jeune français, étudiant de philosophie à l’université de Lyon II, le quatrième de cinq enfants, je l’ai connu il y a quelques années, et dès que j’ai croisé mon regard au sien j’ai compris que j’étais devant un être particulier, un fils de ce nouveau monde qui s’achemine vers l’incompréhensible, l’incohérence, l’inconscience et sa propre autodestruction. Pascal le sait et fait partie de ces fils des nouvelles générations conscientes du danger qui représente le seul fait d’exister. Mais Pascal ne baisse pas les bras, Pascal est le guerrier nécessaire et indispensable que le monde requiert dans ce début de siècle, avec des Pascals un peu de partout dans le monde, le monde sera sauvé, parce que sa force libertaire se fonde sur les valeurs d’amour que les humains ont oubliés d’exercer ces derniers temps. L’amour est l’énergie qu’aucune force peut vaincre, l’amour est l’arme qui pourra vaincre les forces grises qui ont conduit l’humanité au stade de décadence qui se trouve.
Bravo Pascal ! Continue comme ça ! Continue à écrire comme cela ; du fond de ton cœur comme tu l’as fait cette fois-ci.
Luis Arias Manzoferren.pascal@netcourrier.com