PARFUM D\'AVRILVenu de la rase campagnedu sud de mon paysdans nos sens affligésestropiés d\'amourde feu de libertéil y avait comme un parfumd\'une révolution imminentedepuis une éternitéet qu\'attendaitet qu\'attendait.Ce parfum si exaltant tôt dans un matin d\'avrils\'accompagnait dune chansonchantée par des voix rauquescomme seuls savent cha ...
PARFUM D\'AVRIL
Venu de la rase campagne du sud de mon pays dans nos sens affligés estropiés d\'amour de feu de liberté il y avait comme un parfum d\'une révolution imminente depuis une éternité et qu\'attendait et qu\'attendait. Ce parfum si exaltant tôt dans un matin d\'avril s\'accompagnait dune chanson chantée par des voix rauques comme seuls savent chanter ceux qui sont nés là-bas et qui sentent si bon encore après toutes ces années. Elle faisait peur au péril cette chanson nonchalante se traînant doucement en harmonies fatiguées et qui montait et qui montait.
« Grandôla, villa morena terra da fraternidade. O povo é quem mais ordena dentro de ti, ó cidade. »
Ce parfum de liberté a surexcité les rues les places les avenues les quartiers mal famés de la cité jusqu\'au château. Ce parfum d\'avril a pris tout et tous d\'assaut des hommes au cour de lion qui pour la première fois ce sont pris dans les bras s\'embrassant comme des enfants les visages pleins de larmes interdites auparavant et ça pleurait et ça pleurait tout en riant. Sur les terrasses des cafés les femmes étaient disposées dans des poses étudiées cigarettes entre leurs doigts elles riaient aux éclats devant le rouge des oillets au bout des fusils dressés par des joies érectiles. Seuls les vieux sages figés regardaient au lointain ouvrant grand leurs yeux bleus pour regarder plus haut les cieux qui les avaient oubliés. Pas loin un très très vieux homme posté devant la mer et fragile arborait un sourire léger qu\'éclairait son profil et tout bas et tout bas doucement il murmurait « Le père de mon grand-père avait raison quand il affirmait il n\'y a pas meilleur parfum que celui de la liberté ». Une vieille à son côté pleurait son fils mort à la guerre discrète tout en pudeur comme elles font les mères des pays qui ont souffert.
Moi quand je mourrai je veux qu\'on me couvre d\'oillets rouges je les veux comme le sang couleur que j\'aime tant. Quand en terre on me mènera qu\'on m\'entonne cette chanson avec les mêmes voix rauques restées dans mes oreilles tel un rare reliquat.
« Grandôla vila morena terra da fraternidade. O povo é quem mais ordena dentro de ti, ó cidade. »
« Dentro de ti, ó cidade o povo é quem mais ordena. Terra da fraternidade Grandôla, vila morena. »
Je veux dans cet apparat tout parfumé d\'avril passer par le royaume des cieux car je ne veux pas y rester non je n\'en veux pas. Juste le temps pour Lui dire s\'Il n\'est pas très occupé les souffrances des pays les guerres pour arrêter les murs à détruire que seul l\'amour jubile. Sûr je vous le jure je ne ferai que passer Je ne ferai que passer Tout rouge et parfumé d\'avril
LE LAC AUX NÉNUPHARS
Manifestement ils ont les cygnes Ces ailés aux sinueux cols blancs Beaucoup de majesté et d\'élégance Évoluant pleins de grâce et de sérénité Dans la brume d\'un matin d\'hiver Ou un soir de grande lune de cristal Comme si c\'était naturel d\'être né Gratifiés de si royaux apparats Glissant altiers comme dans un rêve gracieux Suivis de leurs pairs dans un cortège royal Tandis que derrière trottine une peuplade De vilains petits canards affairés et envieux Oubliant qu\'ils sont nés sans savoir Dans quels draps ont couchés leurs parents Des petits voyous débrouillards et boiteux S\'immisçant sur la route des élégants Sous un soleil flamboyant qui dore Les eaux sereines d\'un lac aux nénuphars.
En regardant ce tableau singulier De seigneurs et de coquins qui cohabitent On pense naturellement au genre humain Où les uns vivent dans l\'aisance généreuse Les autres traités de bâtards qui profitent Tous en se débattant sur un même territoire Et j\'ai pensé soudain à cet autre fin canard Un ami d\'enfance monté à Paris et qui a bien tourné Employé d\'état depuis cinq ans aux finances Qui souvent se glisse avec une certaine prestance Endimanché à souhait dans des salons mondains Éclairés de mille feux où tout est plus que noir Dans les affaires politiques les stratégies de la bourse Des secrets d\'alcôve chuchotés entre égaux Avec quelle assurance les cygnes le tiennent à l\'écart Sous des regards assassins et des coups de patte effrayants Tout en finesse avec du savoir-faire comme il se doit Et mon pauvre canard qui me dit avoir l\'espoir De se pavaner un jour dans un cabinet de ministre Ou être élu au syndicat et prospérer dans les mêmes eaux.
Ainsi va le monde des cygnes et des canards Des cols blancs bien empesés et de vrais endimanchés Tous jetés dans un vertige programmé sans aucun avenir Une tartufferie bouffonne qui longe les grands boulevards.
« DEO GRATIAS»
Avant la nuit des temps après que la lumière fut avant le tout après le rien une idée a été conçue entre le noir et l\'obscur d\'une création fatiguée un rejeton naît du néant abandonné à la naissance promu maître d\'un royaume rêvé sans autre salut que de procréer à l\'infini pour s\'entre-tuer sans répit.
« Deo Gratias » pour l\'Erreur ainsi commise.
Désoeuvré irrationnel puisque intelligent l\'homme n\'est qu\'une infime partie d\'un tout qui restera éternellement une hantise ouvre inachevée qui court à sa perdition de toute la création il est ce triste animal doté de la faculté innée à tout anéantir forêts océans villes pays continents tout ce qui l\'environne il l\'appauvrit ignorant l\'assassinat et le viol sont le pain quotidien d\'un être avide de sang qui répond toujours armé à l\'autre qu\'il croise sur son chemin étroit tourbillon sans raison dans une folle spirale il ne sera jamais que l\'idée d\'un être héroïque il n\'est qu\'un produit en voie d\'extension d\'une vague pensée d\'un esprit maladroit.
« Deo Gratias » pour cet instant fatidique qui nous a soufflé la vie et notre errance depuis cet essoufflement qui nous épuise à l\'infini obligés à louer pour toujours notre mal. comme si c\'était naturel.
Nous sommes la plus belle erreur ainsi crée la Sainte Erreur Originelle.
biografia:
Eduardo Galhos, homme de théâtre, peintre calligraphe et poète, de nationalité portugaise, réside à Paris depuis 1970. De son parcours, il dit: \'Ma peinture a la Forme d\'une écriture, mon Écriture celle de la Poésie, le Fond des deux étant concret et éphémère, dans le Temps\' Son expérience japonaise a été une de ses plus fortes émotions humaines et artistiques: elle a bouleversé sa peinture,son écriture poétique et son théâtre. Il vient de publier aux éditions Poiêtês: \'l\'Homme assis\' [poème], une posture sereine et naturelle, dans laquelle l\'esprit reste debout et éveillé et vagabonde au gré de ses émotions \'sur la terre des hommes\' pour \'se sentir traversé... et traverser soi-même\'.