Substitution [1]
Translator : Martin Rueff- co-rédacteur en chef de la revue Po&sie
Je dois l’admettre
Mon père a construit ma vie sur le nom d’une sœur morte
Il a changé son nom sur le certificat de naissance
En lui attribuant le mien – plutôt qu’en modifiant la date de naissance
Comme il eût été normal de le faire.
Pour mes affaires académiques
Pour le registre de l’état civil
Pour la police anti-émeutes
Pour la bibliothèque
Pour les listes électorales
Pour les Nations Unies
Pour les organisations des droits de l’homme,
Et même pour les organisation des « droits des animaux »
Il s’agit d’une « Occupation » légitime
- Le contraire presque- cet effacement n’est pas sujet à controverse.
Cela explique peut-être
Que je me sens toujours comme si j’agissais d’une manière qui ne correspond pas à qui je
[suis vraiment
Que mes choix ne reflètent pas mon identité
Que je porte des vêtements qui ne sont pas les miens,
Que l’amour reste pour moi un étranger,
Que je sanglote ou que j’éclate de rire sans raison apparente
Que je ne mets pas toujours mes décisions à exécution
Que je déteste qu’on me prenne en photo.
Cela explique peut-être aussi
Que je perçois pourquoi une autre femme grimace
Quand on lui dit : tu as l’air superbe.
Alors que je m’efforce sans cesse de me consoler en me disant que personne ne sait
Que cette substitution a eu lieu
Que je n’ai pas tué personne,
Que je n’ai effacé personne de la surface de la terre,
Que je me contente de recourir à mon héritage familial,
Que je sais que je ne me ressemble toujours pas
- Dans la vie je mène ma vie
- Là où je ne suis pas censée être,
Pourtant
Je tends à me mettre vraiment en colère
Quand quelqu’un m’appelle : Reem.
Substitution [2]
I have to admit:
My father built me a life on a dead sister’s name,
He substituted her name on her birth certificate,
Assigning it mine -rather than changing the date of birth,
As per normal.
For academic purposes
For the civil registry
For the riot police
To the medical facilities
For the library
For the voter registrar
For the United Nations
For human rights’ organizations,
Even for animals’ rights’ organizations,
This is a legitimate "Occupation".
— Quite the contrary— this ghosting is an uncontroversial.
Perhaps this clarifies
Why I constantly feel as though I am acting in ways that are not true to who I am,
That my choices do not reflect my identity,
That I wear things that are not mine,
That love remains a stranger,
That I sob and start giggling for no apparent reason,
That I do not always follow through on my decisions.
That I hate having my picture taken,
Perhaps this also clarifies
Why I feel another woman is grinning
When someone remarks: You look stunning.
While I keep making efforts to console myself that nobody is aware
That this substitution has ever occurred,
That I did not kill,
That I did not wipeout others,
That I only use my family's heritage,
That I know I still do not look like me
___In the life I lead.
___Where I am not supposed to be,
However,
I tend to get very angry
When someone calls me: Reem
[1] Ce poème raconte l’’histoire du remplacement et de l’effacement de la Palestine par Israël. Palestine indique l’autre femme qui grimace : Reem ; Israël est la femme qui se console en pensant qu’elle recourt à un héritage céleste mais ne cesse de se percevoir de manière étrange dans un endroit où elle n’est pas supposée être. A côté de ces connotations personnelles, ce poème peut se lire comme une expérience personnelle d’aliénation faite par quelqu’un qui néanmoins mène une vie. Ce poème est un masque, c’est un poème double-face dans la mesure où il déploie deux lectures, l’une est reliée au présent, l’autre contient des connotations historiques, religieuses, reliées au passé.
[2] This poem tells the story of the replacement and ghosting of Palestine by Israel. Palestine is the other woman grinning; Reem; Israel is the one consoling itself that it is using a heavenly heritage but still feels it is strange in a place where it is not supposed to be. Apart from the political connotations, this reads as personal experiment of alienation despite leading a life. This is a mask poem, where the poem is double-faced as it unfolds two readings, one relates to the present, the other holds historical, religious and other past connotations.
استبدال
عليّ أن اعترف:
زوَّرَ أبي شهادة ميلادي.
لم يكن التزوير كما جرت العادة على تاريخ الميلاد،
ما فعله ببساطة أنه كتب اسمي
مكان اسم لشقيقة ميتة.
كان هذا الاحتلال بالنسبة للمدرسة
للسجل المدني
لشرطة مكافحة الشغب
للمشفى
للمكتبة
للسجل الانتخابي
للأمم المتحدة
لمنظمات حقوق الانسان
وحتى حقوق الحيوان
عاديا،
وعكس ذلك، كان ذلك مكسبا لا يمكن الطعن فيه.
ربما يفسر هذا
لماذا أحس دائما أنني أفعل أشياء لا تشبهني،
أنني أرتدي أشياء ليست لي
أن قراراتي لا تشبهني
أنَّ حبيبي غريب
أنني أبكي بلا سبب
بينما أضحك بصوت عال
وأنني أتخذ قرارات لا أنفذها
كما أنني لا أحب أن تلتقط لي الصور.
ربما لهذا أيضا عندما يقول لي أحدهم أنني جميلة
أشعر أن امرأة أخرى تبتسم.
وبينما أحاول أن أُطمئن نفسي
أن لا أحد يعرف ذلك
وأنني لم أمسح شخصا آخر،
لم أقتل
لم أطرد
وأنني أستخدم ميراث العائلة،
أستمر بحياة لا تشبهني
في مكان لا أنتمي إليه
وأغضب؛
حين يناديني أحدهم: ريم.