Ghita El Khayat
Nationality: Marruecos
Email: ritainielkhayat@wanadoo.net.ma
Embark on fun-filled journeys to places that exist only in fiction..
Nationality: Marruecos
Email: ritainielkhayat@wanadoo.net.ma
GHITA EL KHAYAT
A vécu dix ans en France et en Europe.
-Docteur en Médecine, elle est devenue médecin psychiatre et détient deux autres spécialités en médecine avant de retourner vivre au Maroc où elle est née, à ses premières passions (latin, littérature, philosophie, dessin et peinture) et à Casablanca pour exercer et écrire. Elle est aussi journaliste et auteur de nombreux articles et livres sur la condition féminine dans le monde arabo-islamique.
-Elle a enseigné, fait plusieurs fois le tour du monde, donné des conférences dans de très nombreux pays : elle se consacre aujourd’hui à l’exercice de la Psychiatrie et de la Psychanalyse, à la critique d’art, à la fiction et à la poésie, tout en enseignant à l’Université de Chieti, en Italie, l’Anthropologie de la Connaissance (Département de Philosophie)
-Elle a été reçue au Pen Club International après le vote de décembre 2003 à Mexico
-Elle est Chevalier de l’Ordre du Trône, au Maroc,
-Citoyenne d’Honneur de la ville de Pescara (Adriatique), le 10 octobre 2006, en présence du Président du Sénat italien, Franco Marini
-Elle est Ambassadrice des Jeux Méditerranées de 2009 (Pescara, Italie)
-Vainqueur du « Prix Pour la Paix 2007 » qu’elle reçut à MAIORI, Costa amalfitana, Italie, en tant que Prix du Cinéma de "Roberto Rossellini" en octobre 2007.
-Elle est membre du Conseil d’administration du Festival International du film de Marrakech. -Elle est nommée le 20 décembre 2006 comme Membre du Comité d’Ethique et de Déontologie de 2M, Chaîne de Radio Télévision, Casablanca, Maroc.
-Elle est membre du réseau africain Femnet depuis 2007
-Elle présente une émission littéraire quotidienne sur la chaîne de la radio nationale marocaine, « Un Livre, un Ami » depuis le mois de juin 2008
-Elle est Officier de l’Ordre National du Mérite, février 2009
-Elle a publié à ce jour … livres, a écrit dans une vingtaine d’ouvrages collectifs, est l’auteur de plus de cent cinquante articles scientifiques (Médecine, Psychiatrie, psychanalyse, anthropologie, art, réflexion, etc.)
IL EST PARTI, LE TEMPS DES DAMES
Poème / Extrait du Recueil de Poèmes, 1977-1997 :
« L’œil du Paon »
Editions AÏNI BENNAÏ, Casablanca, 2004
Billes de rires et oiseaux de proie
Vont et viennent dans l'univers.
Mon bel amant ô mon fruit de saison
As-tu écouté les trilles de l'ange
Dans l'aube de ma vie ?
Vertus et vendanges allez quérir
Les mortes soliloquies des vieilles filles
Défuntes.
Mon bel amant ô mon fruit fondu
Dans ma bouche sucé par ma lèvre
Plus que de raison
Tiens moi prise dans ta nacelle
Et tire moi sur ton sein de velours bleu
J'aime le rut de ton sang
Fougueux et chaud
La tiédeur et la lumière de ma maison.
Il est parti le temps des dames
Au fond du mouchoir de satin
Et mes yeux en vain le cherchent
Dans les lignes du tissu
Qui flatte ma main
De sa senteur de neige et jasmin
Mon bel amant ô ma déchirure
Tu as coupé la trame de ma peau
Elle a crié et s'est rendue
À la douceur de la mangue
Remplissant ton palais
Que tu déversais dans ma gorge rose
Source de sucre et nid de miel
Les jeunes animaux se sont penchés
Sur tant de tendresse
Mon bel amant ô ma ruine de reine
Les amours du roi ont tari
Il est parti le temps des dames...
Mon souverain, regarde ma sève
Elle coule vers ton gosier
Lape la source de l'ambroisie
Et regarde mes seins frémir
Mon bel amant ô mon joyau
Liqueur déposée au fond de ma conque
Il est parti le temps des dames
Chacune a longuement vu son cheveu
Ternir
Son tapis de bras et sa chambre de cuisses
Se sont vidés de la ronde des visiteurs
Mon bel amant ô mon maître
Cours vers l'ivresse de mon parfum
Tous ces flacons ouverts ont laissé
S'échapper les ivresses de toi seul
Connues
Je vais devenir un seuil de prières
Que nul ne franchira
Il est parti le temps des dames
Elles n'ont pas compté les instants
De la chute au fond des lits profonds
Elles ont cru à l'éternité de l'onde
Et au passage des cerfs dans les forêts
Mon bel amant ô mon justicier
Le glaive de la mort attaché à ta ceinture
Ne m'a pas fait oublier la douceur
De ta lèvre quand tu l'appliquais
À la fente de mes tourments
Il me paraissait lors que le jus
De la treille et le nectar des fruits mûrs
Envahissaient ma bouche que tu ouvrais
D'une caresse un instant
Détourné de ton désir
Pour les incendies étranges
Dévastant le creux de mes lombes
Il est parti le temps des dames
Goulûment tété par les Parques
Elles ont longuement regardé
Les jeunes femmes revêtir
Les peaux de lézard
Tandis qu'elles riaient à gorge déployée
De l'infamie des vieilles femmes
Mon bel amant ô mon alizé
Ma voile et mon saphir
Des nuits bleues de l'Andalousie
Les rois ont jalousé
L'éclat de ton dos arqué sur ma faiblesse
Tu gémissais sous ma trace
Mon ongle dans le creux de ton bras
Il est parti le temps des dames
Je les connais toutes
Mira la brune et Vera la blonde
Ève aux pommes d'ambre
Et Zénobie la guerrière
La reine et la princesse
La folle et la putain
Mon bel amant ô mon subterfuge
Retiens pour moi le jour
Et chasse la nuit obscure
Voile ma peau de la poudre d'amour
Et remplis ma bouche à la tienne
Du poison de l'éternité et du délice
De l'étreinte
Je ne veux pas qu'il parte
Le temps de moi dame
Et libellule et papillon
Moi dame et boucle d'émeraude
Et grilles du fer forgé de la passion
Mon bel amant ô mon vieillard
Garde-moi le temps
Que je reste ta dame
Casablanca 20 avril 2001
LES POETES ANDALOUS
in
« LES POETES ANDALOUS »
Poèmes et proses universels
L’Arbre à paroles,
Collection Poésie Ouverte sur le Monde
Amay, Belgique,
Mars 2011
Voyez !
J’ai perdu mon Royaume
Poètes andalous,
Levez-vous !
Plus de jardins
Guère de tapis de romarin,
Les roses sont flétries,
L’oranger a perdu ses feuilles !
Où sont vos plumes ?
Vos larges manteaux blancs
De laine et de soie,
Vos barbes brunes
De jeunes gens vultueux…
Le musc ne traîne
Plus sur vos joues rosées
L’ambre et le jasmin
En liqueurs onctueuses
N’ont plus parfumé
Les plis de vos peaux tendus,
Elles sont retombées en poussière.
Poètes andalous,
Mon balcon est écroulé,
L’il devant mon palais
Est tombé mort…
Ma servante était devenue
Si vielle qu’elle s’en fut
Dans les champs calcinés
Autour de grenade
Attendre les corbeaux noirs
Signes de la fin …
Le luth s’est tu,
Mon amour m’a trahie,
Il n’y a plus que les plainés
Ruisselantes de lumière,
Les oliviers en infinis troupeaux
Sombre,
Les palmiers recouverts d’une poudre sale,
Poètes andalous,
Ma peine est immense
Elle va jusqu’à la plus lointaine étoile
Jurer de mon chagrin…
Demain,
Je quitte l’Andalousie,
Berceau de mes pairs,
Le miel de Ronda
Les amandiers en fleurs
Les chevaux entassés dans les enclos,
Sans plus de soins,
De selles somptueuses
Et de cavaliers si terribles
Que le cœur de leurs belles
Tressaillait au fond de la nuit
Sous les yeux dilatés
De la lune effarée
De leur puissance !
Les fleurs du son
Ont nappé la demeure, l’air
Et la nuée
D’effluves fous,
Tout, un instant,
Etreignent la douceur merveilleuse
De l’Andalousie alanguie
Au sortir du printemps,
Déjà chaude,
Splendide,
Une femme éclatante
Grande,
Son énorme chevelure
Cascadant sur son dos nu,
Répandant l’odeur
Du jasmin, de la menthe
Et des roses
Poètes andalous,
Mais où êtes-vous cachés ?
Tués ?
Assassinés par le temps,
La mollesse du sucre
Au fond de vos palais
Réjouis des festins,
Des dattes d’Almeria,
Des mets de rois,
Ils vous ont trop donné !
La fin est proche,
Poètes andalous,
Les armures n’ont pu
Défendre ma terre,
Non plus que les Princes,
Les alliés et les guerriers,
Je dois partir. Vaincu.
Demain, je descends
Du baldaquin, de la tour du palais,
Du palanquin !
Vers une destinée de misère
Une vie de gueuse
Me existence de femme cachée,
J’ai perdu l’Andalousie !
Poètes andalous !
Ce ne pouvait être
Armées ni guerres
Alliances ni traités
Qui auraient pu garder
Le plus Beau des Royaumes !
Mais vos plumes
Vos pensées et vos mots
Vos détours et vos rimes
Qui auraient dû
Faire de l’Andalousie
La matrice du monde
La majesté du temps
De tous les temps…
Vous n’avez pas assez écouté
Les bruissements des vêtements
Des femmes,
L’eau se déversant
Le jour pour rivaliser avec l’éclat
Du soleil,
La nuit pour le bain lustral
Des mariées
Et la peau de l’amante
Une fin voile de velours,
Un étendard d’amour !
Les colombes ont toutes chanté
Au moment de l’union,
Les ombres se sont jouées
Des arbres,
La tour de l’or
S’est affaissée à Séville,
Trop remplie des trésors
Arrivés de partout…
Les joyaux des favorites
N’ont pas embelli vos vers,
Les rires
Les jeux
Les splendeurs de la naturel lasse,
Quand elle s’écroule
Dans l’obscurité opaque…
Rien de tout cela n’est demeuré dans vs poèmes,
Poètes andalous !
C’est vous qui avez perdu
L’Andalousie,
Elle n’avait pas trouvé ses chantres !
Moi, je m’en vais, demain,
Lasse, vaincue, absurde.
Je marcherai, sans témoins.
Je pleurerai, sans fin,
Je vous maudirai
Et je quêterai un signe
Des cieux
Quand il faut marcher
Même dans la nuit noire,
Poètes andalous,
Je chercherai sans espoir
A oublier l’Andalousie
Qui m’a vue naître !
Elle est tissée dans la résille
De mon cœur,
Elle est présente dans la courbe
De mon visage,
Elle peuple mouchant
De sa douleur infinie,
Qui n’aura pas de fin…
Je ne suis qu’une exilée,
Au fon de moi
Résonne l’été andalou
Majestueux, écrasant,
Les villages endormis,
Les troupeaux immobiles
La stridence du chant
Des cigales, furies déchaînées,
Les plantes des patios
Dressées en imploration muette
Vers l’heure du crépuscule
Quand la magnificence
De la vie
Reprend l’Andalousie !
Je suis devenue poète,
Pour des jours enfuis
Rappeler la grandeur,
Pour des cœurs meurtris
Chanter la candeur !
Vous avez failli,
Poètes andalous !
Une princesse n’a-t-elle pas dit à son fils :
« Ne pleure pas comme une femme,
Ce que tu n’as pas pu
Garder comme un homme ! »
Du sortir de grenade,
Les clefs remises
À la Reine en robe noire !
Aujourd’hui, je vous fustige
Ainsi qu’elle, je tu sur les
Chemins de traverse !
Poètes andalous,
Vous n’êtes même pas maudits,
L’histoire vous aurait gardé
Dans son manteau,
Vous m’avez obligée,
Égarée parmi les dépravés
À devenir poète,
Moi qui suis femme !
J’eus aimé ouïr
Du fond des coussins brodés,
Une multitude douce,
Vos paroles lustrées,
Vos joutes et vos voix
Mêlées au son du luth,
Chantant pour moi,
L’Andalousie,
Les ramiers au fond de ses frondaisons,
L’Alhambra bruissant
Des bruits des fontaines,
Les seigneurs relevant les pans
De leurs vêtures,
Ma vision enchanteresse
Quand enfant, ils me soulevant
Et que leurs capes
Devenaient des drapeaux,
Des bannières,
Des lais de tissu du temps !
Je suis le poète femme
Etranglé de la misère
Aveuglé par la laideur
Meurtri par la déchéance,
Quand vous furent destitues,
Poètes andalous,
Veules et incapables
La luxure vous a corrompus
Vos vers se sont effilochés
Mauvaise étoffe
Tissée par des artisans cupides !
Ayez haute au fond de vos tombeaux,
Poètes perdus,
Poètes vains et vaniteux,
L’Andalousie à été perdue !
J’erre dans les méandres de servile,
A toutes les instances de l’année….
Mon cœur se ralentit
Place des Orangers,
Le sang se retire de ma face,
Exsangue :
Trop de cette beauté
Me déchire les veines et la joue.
Milliers d’oiseaux chantent
Accompagnant mon supplice,
La mosquée est derrière
Le ciel est fastueux,
Le soir arrive et l’air du
Temps caresse mes mains, impuissantes.
J’appelle le compagnon,
Là-bas !
J’implore qu’il ressente
La violence de la meurtrissure !
D’Andalousie est si belle
Que mon histoire s’écroule
A jamais.
Je ne serai Poète
Ni Peintre !
On m’a ravi la terre de mes Aïeux,
Je suis à genoux devant la Tour d’or,
Je remonte et redescends sans fin le Guadalquivir…
Toutes les embarcations m’ont portée
Et le bruit de l’eau
Semblait un long sanglot
Dans une poitrine agonisante…
Je meurs à mon passé,
Englouti dans l’abysse,
Nous étions revenus raides et froids,
Fatigués et pauvres…
Poètes andalous !
Je serai celle qui dira, partout,
J’ai perdu mon pays
J’ai perdu ma maison,
Le Palais rose de mes ancêtres
Me voilà peut être Poète et peintre
Pour dire de l’Andalousie,
C’est ma terre ! Elle est mon sang !
J’ai conçu ma tille le 16 décembre 1980 à Malaga, sans savoir !
Dimanche 1er janvier 2006
Si tu étais mon frère, hidalgo
Poème
Extrait de l’
ANTHOLOGIE DE POESIE MAROCAINE D’EXPRESSION FRANÇAISE,
Cent ans de poésie, 1905-2005
Editions AÏNI BENNAÏ, Casablanca, 2006
Si tu étais mon frère, hidalgo,
Je ne quitterais plus ta main,
Si tu étais mon Père, el sangre sagrado
Tu m’aurais prise à jamais sur ton épaule,
Si tu étais mon mari, Caballero maraviloso
Tu me chérirais davantage,
Si tu étais mon amant, querido, queridisimo
A nul autre tu n’abandonnerais
Ma voix, suave mezcla de frutas y miel
Si tu étais mon fils, yo te le pregunto
Tu m’aurais offert une autre fille,
De tes amours née, una Hija, la Nina!
Mais non, il n’y a pas de si...
Il y a cette mystérieuse
Amitié, companero, ellos, no pasaran!
Arrivée pour toi dans mon dos caché.
Il y a ce souffle qui de temps à autre
Me fait frémir : en la sombra
Parce que vivant et drôle, hombre ! loco, mi amigo
Sarcastique et malheureux,
Éperdu de rires et d’attentes,
Tu m ’as indiqué, adelante la luna
Mage bizarre, Melchior de la Frontera
Que je suis encore en vie, y que mas?
Que je dois la porter, hasta que se fue
Qu’elle ne m’appartient qu’en partie
Que, peut-être, moi sous terre
Quelques-uns pleureront, lagrimas de la Madre
Et qu’un homme, un hombre perdido
Entre un soupir, une musique,
Un calcul et un grand amour
appellera un jour une voix Espana frente el Oriente
Qui ne répond plus ! senor sol !
Il faudra alors détacher les deux
Éléphants qui se racontent
Une si longue histoire. La Muerte.
C’est le pense-bête que j’avais prévu
Dans l’oasis de ta tanière, la laguna,
Animaux d’ivoire con leones negros
et de pavane. Hormigas y pajaros
Ils racontent l’Infante, la Ménine
Pour laquelle cette femme
à l’hidalgo, au Padre, au Caballero, au querido
et à l’ hijo
dessine un sillon dans l’immensité des jungles
ouvre des yeux déserts los ojos de piedras
frotte une paupière fanée alfombra de dolores
et trace jusqu’à la lyre des cieux
l’image immense de estrellas blancas
d’une Petite Fille
Esmeralda redonda
Aux regards d’opale.
Elle voit la Jeune Fille
Accoudée sur des balcons
Du palais céleste dans lequel elle s’en va
Promener la suite de ses traînes
Toutes de soies moirées
immenses pétales de roses
les plus claires des joues
De vierges qu’ange ni démon
N’a effleurées troublant le splendide lac
De leurs désirs alanguis
Poupées de nacre, de laque et de nuées.
De biais elles se regardent éblouies de leur apparence
De la terre au zénith des limbes...
Ne crois ni ton frère ni ton Père ni ton époux
Ton amant et ton fils
Déserteront ta couche et ta maison
Pour une autre que tu n’auras pas aperçue
Au massacre de tes mâles attachée ! Madre !
va hurler sur les rives des mers et des océans
Contemple ta détresse en attendant ta mort
A las cinco de la tarde
sangre y arenas
Tu Hija que se fue en la oscuridad
Ceniza dentro la sierra
Salvaje beso
Del mes de Agosto, fuego bailando, mi amor...
Princessa.
Mi hija de este vida y del paraiso,
Tambien!
Casablanca, 5 mai 1998-22 août 1999
