Mohamed El Fakhkhari / Marruecosمحمد الفخاري/ المغربMon sonnetMon sonnet, fils choyé de l'amnésie!Laisse-moi asperger de ton vin fraisLes rythmes fanés de la poésieQu'ont rayés les plumes de mille traits.Laisse-moi tordre le fer de ta cageEt regarder du haut sommet des versL'inspiration défi ...
Mohamed El Fakhkhari / Marruecos
محمد الفخاري/ المغرب
Mon sonnetMon sonnet, fils choyé de l'amnésie!
Laisse-moi asperger de ton vin frais
Les rythmes fanés de la poésie
Qu'ont rayés les plumes de mille traits.
Laisse-moi tordre le fer de ta cage
Et regarder du haut sommet des vers
L'inspiration défiler en images
Comme un bateau près de l'embarcadère.
C'est là que la rime a creusé sa tombe
Sous la rosée d'étincelles qui tombent
D'un endroit escarpé de ton azur.
Plus obéissante qu'un animal
Achemimé vers un autel impur,
Elle meut, pauvre, devant son rival.
L'art du possibleDiaphanes
Comme le teint de ces fronts
Sur lesquels je tisse des effigies
En fiction;
Diaphanes sont ces miroirs animés
Dans lequels je fonds aux chants
De l'amandier.
Dans un verre d'amour
Qui reflèterait
Le verso de mes pensées,
Je rafraîchirai avec un peu d'espoir
Mon coeur douillet
Et je chanterai à la modernité
L'art du possible.
Diaphanes
Comme le teint de ces fronts
Sur lesquels je métisse des élégies
En frictions.
Diaphanes sont ces tiroirs abîmés
Où je garde les temps
Du sablier.
Dans un Caftan de velours
Qui couvrirait
De l'univers tous les accès,
Je cacherai tous les soirs
Un astre mouillé
Et je substituerai à l'incapacité
L'art du possible.
Sur toileAu coeur de la banlieue,
Un vieil ange traverse le rêve en courant et sans réveiller l'agent de circulation. Un nuage assoiffé de bonheur le poursuit pieds nus comme une ombre tenace que le soleil n'arrive plus à dissiper.
- Comment pourrait-il supporter les maux qui rongent son coeur rétif, les feux qui ligotent son corps chétif au panneau de signalisation?
Au carrefour,
Une cabine téléphonique regarde les passants d'un oeil plein d'amour et de pitié tandis que leur attention s'en détourne insensiblement...
- Une boîte comme tant d'autres qui hantent notre vie!
Chaque jour!
Chaque jour!
Chaque jour!
A l'intérieur,
Un appareil solitaire plaint sa malchance. Il a marre de cette solitude qui le torture comme un bourreau. Une petite fille qui possède tout sauf sa voix qu'elle a perdue dans les rues de la ville, dans l'embouteillage, dans le bruit des voitures, s'introduit, se précipite sur l'appareil et l'embrasse tendrement:
- Ô visiteurs! Nous ne sommes que des taches d'huile sur toile!
Les yeux de GuelareLes yeux de Guelare ne me connaissent point.
L'autome y est triste et sombre comme les nuits
Où ma vive douleur, sous le noir, sous la pluie
Perd son vieux chemin et s'en va encore plus loin.
Les deux jolies perles étreignent les sourcils
Et toujours, pour aimer la beauté de l'iris,
Les cheveux dispersent les pétales du lys
Sur chacune des joues et caressent les cils.
Lorsque le vent souffle sur ces yeux aussi beaux
Qu'un bouquet de fleurs plantées sur un tombeau,
L'astre du jour semble jaloux de leur couleur.
Destinés à ravir, ces yeux invitent à dire:
'Dieu, auteur du charme! Protège leur douceur.
Si jamais ils pleurent, je serai leur soupir.'
Au lecteurLa mémoire,
musée où se superposent
les peines de l'humanité.
Jette un coup de coeur
sur ces mots
qui naissent mille fois par jour,
qui meurent mille fois par jour!
Ô lecteur!
n'espère pas les empoussiérer!
n'espère pas la déflagration
des langues!
Laisse au coeur
ce qui appartient au coeur
et à la raison
ce qui appartient à la raison.
C'est ma mémoire,
haleine qui repose en paix
dans le monastère de l'âge.
-
Voeux oubliésDans une maison en brouillard
une petite brise
éteint
la lune riante
et fais dormir la vie en chantant:
- Si j'avais une nuit aussi belle que celle de la pluie,
m'embrasserais-tu?
Un oiseau captif
berce
dans ses yeux
la joie perdue
et lui chuchote à l'oreille:
- Et moi, si j'avais une voix aussi belle que celle de la petite brise,
m'embrasserais-tu?
Et un enfant en bois
enlève
le rêve au sommeil
et lui murmure gentiment:
- Moi, je ne suis ni oiseau, ni petite brise, mais un orphelin d'une patrie
sans avenir. Si j'avais une chance aussi belle que celle d'un ange,
m'embrasserais-tu?
Le handicapéSur son fauteuil roulant que la neige couronne,
Il attend calmement dans le jardin public
La bouffée du printemps, la saison angélique
Qui ne viendra jamais auréoler son trône.
Voilà qu'il esquisse aux litanies monotones
Du pavé caillouteux un dieu mélancolique,
Au lieu de déssiner l'indifférence inique
Dans laquelle plonge ce monde sans aumône.
Rien ne brise son coeur, rien n'atteint à la gloire
De ce handicapé fougueux et plein d'espoir
Que les flots de l'oubli déferlant sur une île
Où l'aiguille rouillée du sort tourne à l'envers,
Où la lumière du jour, rêve en exil,
Cède la place au noir tout au long de l'hiver.
Ô pinsonSouviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
Toi qui sais déceler les clefs de mes secrets,
Le seul auquel rien ne demeure discret,
Même les mystères du pays des merveilles
Où chantent le ruisseau et l'arbre aux yeux vermeils.
Souviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
Chaque soir, nous cueillons les fruits de la galère.
Las de leurs promesses, des hommes en colère
Pour un morceau de pain, une gorgée d'espoir,
Se couvrent de ciel et dorment sur les trottoirs.
Souviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
Toi qui à la lueur du jour naissant fredonnes
Les rêves égarés, les psalmodies d'automne,
Et le zéphyr salue les roses épanouies
Lorsqu'elles rejoignent les esprits évanouis.
Souviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
Le temps moqueur s'en va sans qu'on ne le ressente,
Mais notre souffrance demeure pâlissante.
Nos larmes sont faites de thym et de verveine,
Sèches comme le sang qui coule dans nos veines.
Souviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
Toi dont le plumage léger taché de sang,
Peint la nuit voilée de notre passé récent
Qui n'ose condamner ses journées misérables,
Ni combler pour autant son état déplorable.
Souviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
Hélas, la liberté! Cette joie éphémère
N'est rien qu'un emblème dérisoire et amer
Sur des lèvres froides qui, par plus d'utopie,
Embellissent le sort des jeunes accroupis.
Souviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
Alors, que chacune de nos réminiscences
Reprenne le chemin de retour vers l'enfance
Afin que nous puissions regagner le sourire
Du lendemain et que nos coeurs puissent guérir.
Souviens-toi, ô pinson, de notre grand malheur,
Notre destin absent, notre verger qui meurt!
biografia:
Mohamed El Fakhkhari / Marruecos
محمد الفخاري/ المغربMohamed El Fakhkhari est un jeune poète marocain de la ville d'Assilah. Né le 14 août 1978, il a suivi ses études primaires et secondaires dans sa ville natale. Après l'obtention du Baccalauréat, il a passé son cursus universitaire à la faculté des lettres et des sciences humaines de Tétouan d'où il a eu sa licence ès lettres [langue et littérature françaises]. Depuis un bas âge, il a manifesté une grande passion ppour la poésie. C'est un art qui, pour lui, demande non seulement du talent mais aussi la sincérité des mots et des émotions.
Il a publié la plupart de ses textes dans le cuotidien 'Libération' et se prépare à publier son 1er recueil sous le titre: 'Mémoires morcelées'.
Il a participé à plusieurs manifestations et festivals poétiques y compris le Salon International du Livre de Tanger dans sa 6ème édition 2002.
Il vit actuellement à Assilah: une légende parfumé d'ensens où se conjuguent traditon et modernité.
m_ailit@hotmail.com