Taha Adnan / Marruecosطه عدنان / المغربPOÈME UNIVERSELDes volcans, en ma tête, tout près de jaillirA ne plus être capable de me tenirA ce bureau muetPour écrire ce que certains appellent “poésie”Mais comme les autresJe me prends au jeu séduisant de l’écritureComme les autresElle enjôle ma main droiteMe sou ...
Taha Adnan / Marruecos
طه عدنان / المغرب
POÈME UNIVERSEL
Des volcans, en ma tête, tout près de jaillir
A ne plus être capable de me tenir
A ce bureau muet
Pour écrire ce que certains appellent “poésie”
Mais comme les autres
Je me prends au jeu séduisant de l’écriture
Comme les autres
Elle enjôle ma main droite
Me soustrait à la langueur de dix heures
Un dimanche matin épuisé
Et tel un acteur qui n’a pas choisi son rôle
Je me prépare à la scène de l’écriture
Je laisse pousser ma barbe et grandir mes idées
Mes cheveux ébouriffés tel un poème en prose
Je ride le front dans un excès d’attention
Arque les sourcils pur exciter le sérieux :
Me voici tourmenté
Et aussi mystérieux qu’un poète universel.
Ce matin je ne suis guère porté au poème
Faut-il composer un poème
Pour demeurer en rêve ?
Je ne puis brider mes chevaux
Dans la glaciale écurie
De mon instant fragile
Les juments de la mémoire voudraient seulement galoper en souvenir
De leurs premières prairies
Où se rencontrent
Un ciel sûr de son bleu. Un ciel lointain.
Des orangers. Des arbres haut dressés. Une rue poussiéreuse.
L’enceinte du cimetière. De méchantes ornières qui draguent les souliers des filles. Des marchands de cigarettes au détail. Le café bondé. Algarade et ses munitions entourée d’amis, nobles terroristes. Des palmiers, d’autres arbres encore. Un rouge qui enseigne à la ville ses noms.
La crème des amants. Le café des morts. Et le thé des mères.
Je dois maintenant retourner au poème
A sa chambre blanche
Je fixerai l’instant avec des yeux aussi profonds
Qu blessure d’amant éconduit
Je déploierai ma carte dans son patio :
Une baie en pleurs.. Une photo berbère au sourire candide
Un miroir qui voile les apparitions. Une carte venant de Marrakech..
Et une enveloppe brune.
Une cheminée sans feu. La pluie qui tambourine contre les vitres.
Le bruit de pas dans l’escalier... Et mon cœur s’épanche.
On frappe à côté. Et cette gazelle en mon esprit.
Je brise alors la jarre des secrets :
Encore petits nous nous sommes épris
Comme des prophètes... nous foulions une eau pure
Et comme des lutins percions le vent
La transparence de nos traits
Et sans rien sentir
Ni elle, ni moi
Nous étions lance contre lance.
Avec la sagesse d’une tortue subjuguée par le chemin
Et sans guère se soucier d’arriver
Je m’en irai vers ce qui ne me touche
Avec l’humeur d’un tailleur aveugle
Je recoudrai les lambeaux de mots
Les ordonnancerai, phrase après phrase
Paragraphe arès paragraphe
Ici, depuis ma chambre
Appartement 34, rue de Chambéry
Ici, de ma fenêtre
L’église Saint-Antoine en est témoin
Je m’arrogerai le monde entier
Et réclamerai des capitales
Que mon pas ne foula jamais.
Je ne puis rester crucifié
Sur ce siège froid et réjoui de mon impuissance
La plus délicate poésie est la plus mensongère
Moi je suis victime de ma véracité
Lorsque l’imagination me ferme ses portes
Mon mauvais génie m’incite à suivre
Les traces de cet ami
Aux larcins aussi remarquables
Que les jambes de Sabrina
Je ne trouve pas alors assez de poésies
Pour ciseler un poème
Au diable ma misérable bibliothèque !
Au diable ces mirages
Ils ont enterré l’ultime eau dans le vent
Et puis se sont dissipés.
Nulle force en moi
Un cerveau rouillé gît en mon cœur
Mon corps, exténué... ma tête, en vertige
Et mes sens, pétrifiés
Moi, poète universel
Je lis les poèmes de mes amis
Sns me soucier du destin d’Eliot dans sa Terre vaine
Breton ne m’importe guère plus
Malgré son absurde internement
Dans l’asile des sensés
Les poèmes des amis me suffisent
Et leurs lettres
Avec chagrin je relis leurs tristes nouvelles :
Jarir toujours pris dans les tourments de la prison et la rage des dents
Khâlid est mort asphyxié par le gaz
Comme s’il y avait pris refuge contre un air corrompu
Ilham.. est morte dans des circonstances obscures
La voilà sauvée dans un courrier suivant
Dans sa dernière lettre elle me saluait …
Ahmed, Aziz, Hicham et d’autres amis encore
Triomphent quotidiennement dans les concours de “désespoir”
Ah ! Courrier d’afflictions
Les palmiers ne sont plus si élancés
Et les lumières de ma ville rouge ont pâli
Mon jeune frère est parti sans me dire au revoir
Et n’a pas écrit depuis son départ
..........................................................
Peut-être Orando était-elle meilleure patrie?
Je chasse de ma fenêtre les oiseaux du malheur
Et féconde la blancheur de la page
Le bureau muet devant moi
Je suis là malgré le matin et ses dix heures
Et le soleil qui me regarde avec pudeur
A quoi bon la poésie ?
A quoi bon disséquer la douleur ?
La fille turque qui passa sa nuit dans mon lit
Il y a un mois
Ne connaît pas Nazim Hikmet
La seule poésie qu’elle connaisse c’est l’hymne national
Même la petite fille sur la plage
Devant son château de sable écrasé
Par un pas brutal
Lorsque le cœur attendri
Je voulus la consoler avec un peu de Prévert
Elle me poursuivit avec des hurlements
Des insultes plus grosses que son âge
Comme une vielle fille
Qui ne supporte plus les galanteries des hommes
Peut-être ferais-je mieux d’éviter la poésie
Pour que le lit reste intact
Et que l’enfant reste enfant
Ou bien pour décevoir ceux que j’empêcherai
De moquer ma poése.
Il leur suffit de rester là, dans une mutuelle complaisance
Quand l’un d’eux écrit un poème
Les autres le comblent de flatteries
Qu’ils écrivent donc des poèmes
Sans jamais s’arrêter
Composez-les avec les lettres de l’éloge
Quant à moi, je m’amuserai pendant que vous fabriquerez vos métaphores
Et quand vous aurez fini, je m’amuserai encore
Je serai plus heureux
A dormir dans les bras de Vanessa
Sirotant cerises et miel
Écoutant la blanche musique
Je serai encore heureux au réveil :
Mon matin, couche si belle, si poétique !
En marge :
Quelques raisons ont entravé le Poète dans l’écriture de son poème universel :
Faire la vaisselle tard le soir
Perdre à chaque fois les clefs et perdre son temps à les chercher
Disperser ce que le colocataire rangera ensuite
Déranger le voisin chinois par la musique arabe
Échanger des baisers et des cassettes avec Catherine
Regarder discrètement les ambes révolutionnaires de Maria pendant qu’elle parle du marxisme dans le monde
Militer farouchement avec les camarades à la cafétéria de l’université
Craindre la dèche qui s’approche comme un bélier en furie.
Bruxelles, fin 1997.
Traduit de l’Arabe par Siham Bouhlal
الشّاشة عليكم
صباح الخير أيّها العنكبوت
يا وابل المعنى ويا شفيرة النّور
بيتك من أبهى البيوت
وأنا سادنه الأمين
من أوّل النّقر
إلى أقاصي الدهشة الساطعة.
صباح الموج أيها الأزرق الهادر العظيم
يا شرفة الضوء المشرعة على خيوط المستقبل
أيتها اللحظة الباهرة التي تؤلّب الرّوح
ضدّ عزلة الجسد
والحواس ضدّ ما يشدّها إلى رتابة الأعضاء
أيتها اللحظة التي لا عمر لها
سأُقيم فيك لأرحل
بعيداً عن جهامة رجال الجمارك الإنكشاريين
وتحذلق الخصيان من موظفي المطارات
صباح الخير أيّها العنكبوت
صباح الرّضى يا زقزقة الكهرباء
أنا جاهز فخذيني إلى عالمي الذي من ضوء
فلديّ جيران طيّبون في هوتمايل
وأتراب ودودون في ياهو
وعشيقة سرّية في كارامايل
لديّ رفاقٌ هنا وهناك
رفاق الدّرب القديم
يُغرقون بريدي بالمقالات الغاضبة
والبيانات النّارية وفائض الإدانات
ورفيقاتٌ في عمر الزّهور
أناضل إلى جانبهنّ بشراسة سبرنيتية
من أجل حماية الحقوق الثقافية للإسكيمو
غود مورغن إيلس. صباح الخير يا محمد
بونجور كارين. أُسعدت صباحا إياد.
غود مورنينغ بيتر550
طاب نهارك عبدو م. م
صباح الخير أيّها الأخ الأكبر
يا عين النّت التي لا تنام
صباح الخير يا قراصنة الضوء
أهلاً ومهلاً
سأجيئكم بقهوة الصباح
ببيجامتي الزرقاء وبرائحة الفراش
سأقشّر المندرين
وأطلي الخبز بالزبدة والكتشب وأجيئكم
سأفطر بينكم
كما يجدر بأسرة افتراضية سعيدة
سأجيئكم بثرثراتي، بفرشاة أسناني
بمرذاذي ضدّ ضيق التنفس
وبعلبة الكلينكس
سأجيئكم بسيجارتي الأولى
وبما تبقى من أحلام الأمس
سأجيئكم بعناويني ومواعيدي
بوساوسي ونواياي
فلنواصل دردشتنا عن أفغانستان يا فوّاز
وأنت ياكارولين، لم تُتمّي أمس حديثك
عن اللذّة الكهربية البيضاء
لا ياأنطوان، لا تصدّق كلّ ما يقال
فتعدّد الزوجات ليس سنّة مؤكّدة
مهلاً كريم، مهلاً يا أخا الهاكرز
إيميلي ليس صندوق قمامة
فاحفظ عليك منقولاتك الداعرة
وفيروساتك الخبيثة تنفثها كالسّم
في دسم الشبق
وأنت يا رستم
هل وجدتم حلاّ لمشكلة الكهرباء في أربيل؟
لا ياناتالي
لا يا عزيزتي، شعري بنيٌّ فاتحٌ
وعيناي بالطبع زرقاوتان
ثم ماذا يا كريستينا؟
ثـم ماذا ؟
اصمت أيها الخارج المقرف
أيها الهواء البليد خارج الشاشة الذكية، إليك عنّي
فحياتي أقصر من أن تُهدر في حساب الفواتير
ولعن الضرائب والطقس
والتحامق مثل العجائز خوفاً
من تأثير اليورو على ارتفاع الأسعار
اصمت أيها الخارج الكئيب
بسببك هرمت وبالكاد دقّت من عمري الثلاثون
أسناني تكاد تنخلع من منابتها كأحذيةٍ بدينةٍ
كما لو أنّها لا تريد إحداث ضجيج ساعة السقوط
رأسي يدور مثل حوّامة
وأنفي ينزّ كنافورة معطّلة
أسعل حتى تكاد رئتاي تنقذفان إلى الخارج
حيث البرد يُجمّد العواطف والأحاسيس
ثلاثون عاما من الشكوى
ثلاثون عاما من المقاعد والفصول
والخوف من الامتحان
ثلاثون عاما من الشعارات الثورية
والمسلسلات العاطفية
ثلاثون عاما من الهواء
فكيف لم أختنق بعد؟
العالم خارجك أيها الرّحم الكهربائي الدافئ
صقيع خانق
العالم خارجك أيها الهواء الافتراضي
محض هباء
هنا أتنفّس العالم نقياً ومُضاء
لا حياة خارجكِ، فضُمّيني إلى ذبذباتكِ
أيّتها الإلكترونات الرّحيمة
أنا أسيرُك المُساق برضاي
سآتيك كاملاً غير منقوص
سآتيك بما أخفي وما أعلن
وبما لم يخطر على بالي بعد
سآتيك بأحلامي وأوهامي
بأسماء دخولي كلّها
وبكلمات السّر
سأحمل روحي على فأرتي
وألقي بها في مهاوي الكوكيز
لم أعد قادرا على العيش خارجكِ
يا مدينة الكهرباء
العالم خارجك محض إشاعة
وحدهم البسطاء يصدّقونها
أمّا أنا فلا خارج لي
الويب والواب والنيتسكايب تعرفني
أنا أمير الغرقى
وشهيد المبحرين
ابنك البارّ أنا أيّها العنكبوت
فاحضنني برأفة قبطان
بيتك بيتي
فأجرني من عتمة هذي البيوت
فكلّ شيء هنا بات يُضجرني
يُضجرني ساعي البريد؛
يُنبّهني إلى أن صندوق بريدي
عشّشت فيه العناكب
تُضجرني زيارات الأصدقاء؛
يطرقون بابي دون سابق موعدٍ
ودونما استئذانٍ يتوغّلون
الحدائق تُضجرني مذ حوّلتها الكلاب
إلى مراحيض خصوصية
زحمة الميترو تُضجرني
ويُضجرني لغط البارات
يُضجرني الأكل في المطاعم
حيث ندُلٌ متزلّفون
يُشهرون قوائم طعامهم
وابتسامتهم الباردة في وجهك
ليضحكوا من لكنتك خلف الكونتوار
يا أشباهي في العزلة والأرق
يا فيالق الحبّ القصيّ
يا أرواحي الجديدة. يا سلالة الضوء
سأتناول ساندويشي بينكم
سأُفَرش أسناني بينكم وأحلق ذقني بينكم
وبينكم سأقضي حاجتي
تبّا أيتها التواليت.. كم أنت بعيدة
يا أبناء العالم المربّع
يا عشيرة الملاّحين
أنا هنا بينكم مواطنٌ حرٌّ سعيد
خفيفٌ كرغوةٍ، طليقٌ كأرنب البراري
من موقع لموقع
ومن منتدى لمنتدى
ألاحق موجة الأسرار
أعجنها باليدين بالقلب بالمجامع
لأبدع شكلا تفاعليا للحياة
فأدردش إلكترونيا. وأفرفش إلكترونيا
أعشق إلكترونيا. وأبغض إلكترونيا
أُخلص إلكترونيا. وأخون إلكترونيا
أُتاجر إلكترونيا. وأُقامر إلكترونيا
أُغازل إلكترونيا. وأناضل إلكترونيا
أتضامن مع الانتفاضة إلكترونيا
وأدين شارون إلكترونيا
أحلم بتحرير فلسطين إلكترونيا
وأتظاهر من أجل إيقاف العدوان
على العراق
وأفغ
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