Ibrahima Cissé
Ibrahima Cissé dit ‘’MAKALOU’’ est né en 1982 à Faoune (sud du Sénégal). Il grandit auprès d’une grand-mère qui lui contait des histoires tous les soirs. Il commence très tôt à écrire, dès l’âge de 15 ans, et ne suit pas de style particulier. Professeur de lettres à Sédhiou, MAKALOU est aussi artiste-comédien, dramaturge, poète, conteur, chanteur… et Directeur artistique de la Cie MAKALOU, qu’il a créée en 2014.
SCÈNES DRAMATIQUES
(La mort d’un poussin inspire ce poème au poète…)
C’est au milieu de la route, sous le soleil,
Qu’aux passants, un poussin, couché – et en sommeil –
Et une poule mère incarnent un haut drame.
Il est froid ; sa mère se meut comme une femme…
Elle voulut le réveiller, elle ne put
Elle voulut le soulever, elle ne put
Elle le chatouille du bec, il reste calme
Elle le pousse avec son bec, il reste calme
Elle l’appelle et crie, il ne lui répond pas
Elle caquette et crie mais il ne piaule pas
Elle glousse, elle crie mais il ne piaille pas…
Elle toise les mouches, pinçant leurs koras
En dansant, sautant, chantant et hurlant des termes.
Elle les plaint, les haït et les suit d’un pas ferme…
Ibrahima MAKALOU Cissé, Thilogne, février 2013.
SE LIBERER
On n’est plus à Gorée
On est loin des portes diaboliques
Au pied desquelles nos ancêtres
Marchèrent sur les eaux sombres
Vers un avenir mille fois lugubre
On n’est plus à Gorée
Mes frères longtemps leurrés
Pourquoi être encore des poussins…
Quand planerons-nous comme des milans noirs ?
Les chaînes ne sont plus à nos pieds
Les chaînes ne sont plus à nos mains
Les chaînes ne sont plus à nos coups
Les chaînes sont dans nos têtes
Les chaînes sont dans nos cœurs
Nous avons notre corps mais pas tout notre esprit
Fort costaud physiquement
Fragile, psychologiquement désarmé
Le plus beau combat qui nous reste à remporter
C’est de reprendre d’arracher notre esprit aux chaînes qui l’amarrent
C’est de retirer
Retirer
Retirer
Retirer quatre cents fois
Retirer avec énergie
Toutes les chaînes qui sont dans nos têtes
Et les briser résolument !
Ibrahima MAKALOU Cissé, Faoune, janvier 2014.
NOIR-GENEREUX-FORTIFIE
Vos coups
sur mon corps
ont fini par donner
à mon cœur
l’envie de vaincre
comme un cheval de course
Vos crachats
sur ma face
ont fini par faire germer
les espoirs
enfouis
dans mon corps
Frappez-moi
Crachez sur moi
Encore
Encore
Encore
Soldats de la haine du racisme de la discrimination du mensonge…
Ne vous arrêtez pas
…
Vos coups et vos crachats
me sont indispensables
encore
Pour parvenir
et pour fleurir
Ibrahima MAKALOU Cissé, Sédhiou, juin 2014.
LES MOTS
Les sentiers de mots
qu’on dessine
sur les pages
sont parfois
plus sages
que les voies
tracées sur le paysage.
Ibrahima MAKALOU Cissé, Faoune, juillet 2014.