BARÇA WALLA BARSAXÀ genoux sur la barque des songes vains,J'escalade des montagnes salées de larmes et d'ennui.Sur un estuaire grand comme l'affliction,Mes grosses narines mythiques flairent l'opulencePar-delà le mur de souffrance qui me sépare du monde.Alors, pour ne plus exister à la lisière de l'humanité,J'ai jeté un sort au destin et je me suis fait Voile. Ô mirage !Sur le dos de l'e ...
BARÇA WALLA BARSAX
À genoux sur la barque des songes vains,
J'escalade des montagnes salées de larmes et d'ennui.
Sur un estuaire grand comme l'affliction,
Mes grosses narines mythiques flairent l'opulence
Par-delà le mur de souffrance qui me sépare du monde.
Alors, pour ne plus exister à la lisière de l'humanité,
J'ai jeté un sort au destin et je me suis fait Voile.
Ô mirage !
Sur le dos de l'eau, dans la nuit froide et large comme l'océan,
Je suis parti des côtes de Guinée comme les forçats d'hier,
Sur une pirogue faite de bois mort et de résine,
Avec un talisman et quelques camarades dans la poche,
De l'argent et une lettre pour mon cousin d'Espagne.
En songe, j'ai vu les lumières de Lampedusa !
Ce n'est pas l'Espagne, mais cela y ressemble.
Ô mirage !
Barça, Barça, murmure la lune noire à mon âme,
Mon âme l'entend et opine têtue comme le murmure.
Le vent a dispersé dans son généreux effort,
La vieille carte écornée que nous avions emportée
Et sur l'eau devenue moire, nous devinons notre route,
Étourdis par l'immensité de notre rêve.
Des heures, des jours, des semaines,
Nous ne voyons plus depuis bien longtemps
Les plages de notre village ;
Verrons-nous jamais les lumières de l'Occident ?
Ô mirage !
Le soleil et la chaleur ont pris possession de nos sens ;
Immense, démesurée, immensurable, la mer regarde nos corps sécher
Comme le sexe d'une veuve blanche
Alors qu'au loin mugissent les bateaux sourds.
Ô mirage !
La fenêtre de la désespérance ouvre sur la tristesse de l'impossible.
Nous plissons nos paupières gavées de mensonges,
Fatigués de traverser l'avenir,
Auscultant sans cesse l'immensité vide où gisent les promesses
devenues songes.
Nous choyons lentement d'avoir cru
Trop naïfs aux paroles d'un monde jadis humain.
LE PETIT HOMME ET SA LEÇON
Un petit homme venu d'ailleurs m'a donné la leçon.
Un petit homme si imbu de son savoir
A dit une leçon apprise tel un singe savant
Qu'il ne tenait ni de l'historien, ni du philosophe,
Seulement d'un scribouillard bigleux,
Lointain passager hégélien.
Le petit homme juché sur des talons de prétention
Est venu se moquer dans ma cour de savoir,
Puisque si ses pères ont dompté les miens,
C'est parce qu'ils étaient les plus grands ;
Fi de la ruse, de la fourberie, des trente deniers offerts au cousin.
Ses pères ont écrasé les miens,
Pour mieux écraser et soumettre la maladie et la nature.
Le rire gras du petit homme résonne à mes oreilles,
Comme résonnent les applaudissements imbéciles
De ceux qui n'ont pas vu passer l'offense.
J'ai été plus blessé dans ma fierté Ceddo
Par ce monde repu assis en rangées dans la cour du savoir
Qui ne répondit pas et se contenta d'applaudir.
J'offris alors au petit homme ce grand livre des Noirs
Qui fait de la parole un monde.
LA HAINE N'EST RIEN
Je ne sais pas haïr
Je rends la haine à son envers inavoué
Haïr pour moi,
C'est espérer un signe,
C'est faire miroiter désespérément,
Derrière sa négation flatulente,
La virtualité d'un amour en souffrance.
Le bras le plus belliqueux,
Lorsqu'il abat le fer sur une nuque offerte et nue,
Exerce la puissance contraire
De deux amours antinomiques.
biografia:
EL Hadji Malick NdiayeNé au Sénégal, écrit pour son peuple, celui des êtres vivants...
elmalick_ndiaye@yahoo.fr