Abdou Khadre Diallo
Abdou Khadre Diallo est un poète né à Saint-Louis du Sénégal. Il s'est illustré d'abord dans le haiku puis dans le vers libre . Il est co-auteur d'un recueil de poèmes intitulé: 'Confluences'. Il est par ailleurs un brillant dseur de poèmes. Opérateur économique, promoteur culturel, Secrétaire général du Synicat d'initiative de Saint-Louis, Abdou Khadre Dallo est actuellement le Trésorier général du Cercle des écrivains et poètes de Saint-Louis [CEPS], membre fondateur de cette association avec le poète Alioune Badara Coulibaly.
LE MASSACRE DE SOWETO
Hommage à Steve BIKO
Saurions- nous un jour, oublier
Les enfants de Soweto
Soweto !
Le ghetto craquant haletant
100 degrés Fahrenheit !
Clarté insurrectionnelle du soleil
Ce 16 juin 1976
Le chant de la liberté a résonné
NKOSI SIKELELI AFRIKA, NKOSI SIKELELI AFRIKA !
Puis
Le massacre
Le massacre
Des enfants de Soweto
Abattus sur l’aile des rêves à jamais perdus
Le ciel a pali
Les balles ont retenti
Les enfants ont gémi
Oh Dieu ! Oh mon Dieu !
Le sang printanier le sang frais
Des enfants de Soweto
Ruisselant dans le fracas du silence des balles aveugles
Des morts non secourus
Tombés dans leur fraîcheur
Des morts oubliés, piétinés, mésestimés
Les enfants de Soweto
Ne joueront plus sous le soleil ardent
Ne danseront plus sous la pluie en riant
Ne chanteront plus sur l’aile du vent
Les enfants de Soweto
Ne verront plus leur arc-en-ciel
De leur ciel bleu de ciel
Alors
Saurions- nous, un jour pardonner
Le massacre de Soweto ?
LES BAOBABS
Emplissent les yeux tout au long du long parcours.
En de vastes étendues ils déclament, clament leur puissance.
Les baobabs musculeux et séculiers ne se ressemblent
Le fier qui exulte, exubérant
Le mendiant touffu, pendu au ciel
Le fou apétale, étale sa splendeur dans la moiteur estivale
Le folâtre au sourire foliaire et svelte et vert
Qui distille un rire feuillu
Le dandy florissant et fleurissant
L’antre au ventre chargé de mémoires, mystérieux
L’autre de mille ans, titubant fleur bleue
Ô roi vêtu de splendeur de beauté rude
Ton corps déroule sec des flots de ragtime
Tout au long du long parcours.
AU NOM DU FRIC
Les élites se courbent se couchent se cachent
Se taisent se terrent
Se corrompent se compromettent
S’alignent se débinent se liguent
Se sucrent s’écrèment se régalent
S’étalent s’enivrent
Se déculottent se prostituent
S’exilent se lysent se perdent
Se nient se délitent se meurent
En Silence !
Silence ! Silence !
Le peuple trinque casque
Souffre pleure
Subit gémit vagit
Hoquète
Agonise et meurt
Mais danse et danse danse !
Et je m’étonne et je m’interroge
Que le peuple soit sacrifié grugé
Mystifié exploité et vendu
Depuis mille ans
Sur l’Autel de la po-li-ti-que !
Abdoukhadre DIALLO
In « Aux Confins du silence » Editions L’Harmattan 2014.