Insouciant, ignorant,
Égaré dans l’obscur labyrinthe
De l’oubli de soi,
Las de la monotonie des jours,
Errance…
Telle semblait être
La mélancolique trame
De ma destinée singulière.
Quand par un jour de grand soleil,
Elle m’est apparue nimbée de mauve et d'azur,
Pour me libérer de ma dormance.
Elle, si mystérieusement belle,
Dévouée toute entière,
À l'élévation de la conscience humaine.
Son temple, ne vous y trompez point,
N’est pas fait de pierres précieuses,
De marbre ou de cristal,
Il est Harmonie, Paix, Liberté, Silence.
Nul besoin d'offrandes pour y accéder.
J'entrais seulement paré de simplicité,
Pur abandon sur le sentier de l’Être.
La prêtresse me dit : « fils d’Afrique,
Ta parole aux souffles assoupis
Doit révéler, d’antiques sagesses.
Tes écrits à l'équilibre parfait,
Doivent servir de phares.
Demain, à l'aurore naissante,
Lève-toi et vibre dans l’harmonie
Des dynamiques de l'univers,
Après t’être baigné dans la source du cratère.»
Me voici chancelant en cette aube décisive,
Émissaire d'une cause se voulant commune.
Mystères des origines d’où tout émane,
Et vers lesquelles revient toute créature,
En loyal ou mauvais serviteur.
Me voici animé de ma seule parole,
Laquelle désire faire taire le vulgaire,
Pour célébrer ta gloire
Aux nations oublieuses et ingrates.
Me voici cœur et âme sculptés selon tes désirs sacrés.
Me voici armé de l'art des scribes et des griots,
Comme eux, tu m'as fait artiste avant de me faire homme.
Libère ce génie enfoui, celui de mes pères,
Perdu au fil des âges.
Anime mes essences,
Donne-moi la nouvelle ardeur nécessaire,
Afin qu'en moi se déchaînent les muses-félines,
Auxquelles tu m’as confié dès avant ma naissance.
Que ma source naguère étouffée, polluée, tarie,
En ton invisible sein se restaure.
Que de source, elle devienne lacs,
Rivières, fleuves débordants,
Torrents aux chutes puissantes,
Mers, océans sans rivages,
Abritant en ses sombres profondeurs,
Toutes les espèces, faune et flore.
Ô pur Esprit,
Ô Conscience inaltérée, j'aime
De ta chaleur la douceur,
De ta liberté la pérennité,
De ta félicité la fraternité,
De ta bonté la beauté,
De ta patience la constance,
De tout ton naturel,
Ô j'aime la mesure sans pareille!
Vibre, oui résonne en moi,
Ne serait-ce qu'en basse fréquence.
Ô rayon mystique, en mon âme,
Fais renaître l'Innocence perdue.
Redonne-moi le soleil, en son zénith....
Et si je ne parviens à être
Le meilleur artisan de ta cause,
Je me ferai tout au moins serviteur dévoué,
Au front duquel resplendira ton diadème.
Albert Aoussine, L’Art des scribes et des griots, Éditions De l’Esprit 2025