Emile Arsele Nguetcheu
Nationality: 7
Email: emilearsele@yahoo.fr
Nationality: 7
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Emile Arsele Nguetcheu
Je viens sur la terre des Hommes le 09 décembre 1976 à Bafang, chef lieu du département du Haut-Nkam, dans les pays bamilékés. Ma mère, Hélène Tchameni (jumelle), en plein travail avait été conduit à l’hôpital Central de la ville à bord du véhicule d’un homme de cœur, Tchoukoileu Emile, d’où mon prénom Emile comme un remerciement à cette amabilité dont ce dernier avait su faire montre. travail avait été conduit à l' plein m, dans les pays bamilékés. Je suis le premier fils de cette femme et j’ai une petite sœur, Tchokoubou Leumbou Lisette Tatiana qui en ce moment fait des études en banques.
En 1990, l’année de la belle épopée de nos valeureux Lions Indomptables en Italie, les murs du Collège Saint Paul de Bafang m’accueillent. Je fréquente à l’ombre des eucalyptus qui peuplaient et qui continuent à peupler les alentours de ce collège qui jouxte l’hôpital Ad Lucem. C’est là que je suis formé. Dans le moule de la discipline, de la piété, de l’amour du prochain, de la rigueur. Les valeurs qui ont toujours caractérisés l’enseignement dans ce collège missionnaire catholique de renommée. Je me souviens des coups de fouets de Monsieur Téda (le Préfet des études à l’époque) qui après les premiers contrôles mensuels en début d’année, faisait le tour de l’ensemble des classes, de la sixième en terminale et martyrisait les fesses, les dos, les cuisses, des élèves qui avaient le malheur d’avoir une moyenne inférieur à 10. Je me souviens plus encore de la devise de l’établissement : « Grandir pour servir ». Tout élève de Saint Paul est appelé à servir et non à se faire servir ou à se servir. 1990, l’année où les légendaires Lions Indomptables nous ont fait pleurer d’émotion. Au sens figuré comme au sens propre. J’aimais trop le foot que j’ai moi-même pratiqué jusqu’à un certain âge. Déjà, à l’école primaire, comme notre école était située non loin du stade où évoluait Unisport de Bafang (aujourd’hui Unisport du Haut-Nkam), les jours de match, je ne manquai pas de me faufiler pour assister aux cinq dernières minutes de la partie. Dans le quartier de mon enfance, le quartier Bana, l’histoire au sujet de la coupe du monde en Italie raconte qu’au soir de la défaite des Lions de Roger Milla et d’Eugène Ekeké face à l’Angleterre de Peter Chilton et de Carry Lineker, je me suis enfermé dans la petite chambre que je partageais avec mes autres frères et que j’ai pleuré à chaude larme. Pendant de longues heures interminables. J’étais inconsolable. Ma sensibilité à fleur de peau me jouait un des ses tours dont elle seule à les secrets. Les wêêer n’en finissaient pas.
Je suis resté à Saint Paul jusqu’en classe de seconde. J’y serai resté jusqu’en terminale s’il n’eut cette branche que j’avais embrassé et dont l’autorisation fut refusée au collège l’année scolaire où j’allais me présenter au Probatoire. C’est vraiment à Saint Paul que se développe mon goût, ma sensibilité pour l’art, la littérature.
Il faut dire que j’ai grandi entouré de femmes. Principalement auprès de Mâ, ma grand-mère maternelle et de Mekwe, sa coépouse. J’étais timide. Je vivais en moi. D’ailleurs, même aujourd’hui, je continue à vivre en moi. C’est plus fort que moi. J’étais toujours épris d’amour pour le prochain. Epris de justice et prêt au pardon. Toute injustice me révoltait à haut point. Je lisais principalement le magazine Kouakou (à l’école primaire). Et plus tard, Planète jeunes et autres. Zembla comme bande dessinées. Je lisais un peu de tout. Des livres d’histoires, de géographies et bien entendus des œuvres littéraires comme Les contes d’Ahmadou Koumba et autres. Je voulais moi aussi dire les choses mais la timidité faisait que les mots disparaissaient de ma bouche comme volé par le diable en personne. J’étais comme incapable de parler en public. Je parlais plus sur du papier. Les émotions concentrées dans mon cœur. Dans mon esprit. J’apprenais les mots. J’avais un cahier de vocabulaire ou je notais tous les nouveaux mots – tirés de mes lectures ou entendus au cours d’une conversation -, qui m’avaient frappés et dont le sens m’échappé. Je fouillais les pages de mon Larousse et je recopiais mot à mot, la définition que me proposait mon cher Larousse.
Toujours pour apprendre à mieux m’extérioriser, je m’étais inscrit au Club des amis invisibles de ma ville natale. Chaque membre du club échangeaient des correspondances avec un ami ou une amie invisible jusqu’à la fin de l’année. Ce n’est que lors de la soirée de dépouillement que tu découvrais parfois émerveillé, parfois déçu avait qui tu avais correspondu pendant tout ce temps. Aussi, j’avais intégré le Club Théâtre du collège où je n’ai que joué de toute petite rôle lors des soirées culturelles.
Le déclic de l’écriture vient exactement en classe de seconde, après la lecture de l’Anthologie de la littérature négro africaine de Lylian Kesteloot. Je m’étais rendu compte de la beauté et de la richesse de notre littérature. J’étais fasciné par les mots et les histoires nés de l’esprit de tous ses grands auteurs que je découvrais. Émerveillé. Ils étaient pour moi des surhommes. Des demi-dieux. C’étaient comme si tous m’invitaient à leur tendre tendrement la main. À pénétrer leur histoire tissée de désespoir, de déchirement, de désenchantement, de souffrance, de hantise, de révolte, de dignité, d’espoir, … j’avais très envie de les ressembler en tout point mais je me disais toujours que je n’étais pas digne. « Ecrivain, ce n’est pas pour toi, Nguetcheu. Un écrivain c’est quelqu’un d’intelligent. De très intelligent. De très fort en français. Les dix à quarante fautes d’orthographes que tu as l’habitude de récolter lors des dictées de Monsieur Quarante-deux-Soyas montrent bien que tu n’es pas digne de faire partir de ce clan. » Et je me mettais à pleurer. Dans mon cœur. Je me maudissais de mon incapacité à prendre une feuille blanche et de là couvrir d’histoire qui me passait par la tête.
Et puis, comment ne pas vous parler d’un de nos professeurs de français, un certain Etienne Lantier. Il portait ce nom en mémoire du personnage Etienne Lantier de Germinal d’Emile Zola. Ce dernier nous parlait avec passion de la littérature. Il ouvrait en moi des horizons jusqu’à là insondés. Il me donnait à nouveau l’envie de vaincre ma peur. De tenter ma chance.
C’est par le hasard d’un soir, du retour de la plantation, que j’ai écrit mon premier texte. Un poème. C’était en fait une fade copie d’un poème de Web Du Bois :
« Je suis noir
Noir et fier
Fier du sang noir
Le sang noir
Qui coule
Dans mes veines
Dans mes tripes
D’africain ».
Je venais de découvrir la négritude. J’étais charmé par le courage de ses hommes qui avaient eu l’audace de ramasser l’injure « nègre » que le monde leur faisait pour en enfanter quelque chose d’inspirée. De magique. De beau. De puissant. De très puissant.
D’un poème, je suis passé à deux, à cinq, à dix. En fin 1996, j’avais déjà presqu’une vingtaine de poèmes. Je me suis alors dit : « Si tu as pu écrire une vingtaine, tu peux en écrire davantage ». J’ai montré ses textes à un grand frère. Il m’a encouragé de continuer mais m’a signalé que je devais trouver mon originalité. Je devais cesser de copier les autres. Je devais apprendre à être moi. Pendant les vacances de cette année, je suis parti à Douala, la capitale économique de notre pays, le Cameroun. C’était toujours avec beaucoup de joie que nous allions à Douala. Cette ville nous enchanté. Et puis la grandeur, la splendeur du Wouri qui toujours nous séduisait. C’était exceptionnelle notre émotion. Nous ouvrions grands les yeux d’étonnement et d’émerveillement. Là bas, j’ai montré mes textes à une cousine de regretté mémoire Kaké Annie. Mais elle les a considérés avec condescendance. Cette attitude m’avait profondément blessé. Elle faisait une série littéraire et moi pas. Elle vivait en ville et moi j’étais un enfant du village. Ce jour là, j’avais juré qu’un jour je la montrerai que je sais écrire. Dommage qu’elle soit morte à la fleur de l’âge, sans avoir lu le moindre de mes textes publiés.
En 1997, après mon double échec au probatoire comptabilité, je me suis embarqué pour Libreville au Gabon. J’y suis allé rejoindre maman qui y vivait depuis 1983 si ma mémoire ne me trompe. Jusqu’à lors, j’avais grandi sous l’œil tendre, sévère et protectrice de Mâ. Le Gabon jusque là était ce pays lointain, ce pays mystérieux dont nous parlait Patrick Nguéma Ndong dans son célèbre émission « L’Aventure mystérieuse », sur la radio Africa N°1. Avec toutes ses histoires de sorcelleries, de meurtres, de disparitions... je me demandais comment ma mère y vivait. Comment les gens y vivaient.
Une fois à Libreville, j’ai continué à me cultiver, à m’intéresser davantage à la chose littéraire. C’est alors qu’après renseignement, j’ai réussi à me rapprocher de la Fondation Raponda Walker. Pendant les week-ends, jours fériés et les vacances, j’y passais mes journées. Très tôt, la fondation devint mon Université. En compagnie de Divassa, d’Auleley, de Janis Otsiemi et les autres, j’aiguisais ma plume sur tous les genres et sous tous les tons. C’était l’air du temps. Je participais aux concours littéraires que je jugeais digne d’intérêt. C’est ainsi qu’en classe de terminale, au Lycée Djoué Dabany, j’ai participé au Concours de la meilleure nouvelle scolaire du Gabon de l’an 2000 et que j’ai remporté le 4ème prix. C’est un peu comme ça que je suis devenu écrivain.
Au plan culturel, je suis cofondateur, avec le poète gabonais Patrick Aleph, du Club des poètes du Gabon. Pendant près de 4 ans, j’ai été Secrétaire Général de ce club. Je suis membre de la Ronde des poètes du Cameroun et ami de l’association Livre Ouvert. J’ai déjà pris part au Festival International de Poésie les 3 V (2012, 2013) et au Festival International de Poésie des sept collines de Yaoundé (2012).
Au plan professionnel, j’ai été Représentant Permanent, coordonnateur des Zones à Wally Agence Hôtesse (Gabon), Rédacteur en Chef du Journal « La Voix Des Jeunes » (Gabon), Consultant au Comité de l’Excellence Africaine (Cameroun). Actuellement, je suis vendeur d’eau glacé et vendeur à la sauvette à Douala.
Dans ma vie religieuse, je suis catholique pratiquant, membre de la Communauté de Sant‘Egidio depuis 2001. Je suis très ouvert à l’œcuménisme.
Wouri
« Pour tuer à tous jamais ce nom portugais
qui nous a destiné à être mangé. »
Wouri
N’est-ce pas toi ?
N’est-ce pas toi ?
Ce fleuve
Qui fit enfanter
Ce nom caca*
Qui pue le déshonneur
Ce nom pala-pala*
Qui dit toute la folie de ce pays
Ce nom bizarre
Qui travaille à nous laisser derrière
Comme les fesses
Ce nom banaloba*
Ce nom â nti zambe wama*
Ce nom de neê-shi*
Ce nom
Ce nom de merde
Qui nous colle à la peau
Crevette à l’eau
Ce nom
Ce nom affreux
Fondation de notre honte infinie
Notre déchéance sans borne
Ce nom
Ce nom mamy-wata*
Ce nom portugais
Que je lutte jour et nuit
Sur le soleil comme sur la pluie
Afin de le jeter
Très loin
Dans les bacs de la voirie de l’histoire.
Paix-Travail-Patrie
Trinité d’honneur banni
Trinité de la tromperie
Trinité de nos faims sans fin
Camaroes
Crevettes
Cameroun
Quand
Quand donc mon pauvre pays
Auras-tu une poignée de courage
Et que mes yeux de descendant de résistants
Verront émerveillés
Tes héros, célébrés enfin
Au grand jour
Sur la place publique ?
Quand
Quand est-ce que nos rues
Seront fleuries
Par les noms de ta dignité
Duala Manga Bell
Martin Paul Samba
Ngosso Din
Kuva Likenye
Lamido de kalfu
Madola
Tetang ?
…
Quand
Dis-moi quand
Wouri ?
130814, Sur les côtes du Wouri
« Les racines de la résistance, Inédit, 2014 »
Oncle Um
« Pour honorer la mémoire de ce grand combattant
pour l’indépendance de notre pays ! »
Je ne suis pas capable
de toucher le cœur des Hommes
comme toi tu savais si bien le faire
Je ne suis pas capable
d’épauler une arme et d’entrer dans le maquis
comme toi tu savais si bien le faire
Je ne suis pas capable
par ngweha* de résister jusqu’au sang
comme toi tu savais si bien le faire
Je ne suis même pas capable
de délier les cordes de tes souliers
c’est pourquoi je ne suis pas digne de prononcer tout ton nom.
170814, Sur les côtes du Wouri
« Les racines de la résistance, Inédit, 2014 »
Pour l’amour de son fiston
« Au Repcam, pour tout ce que cette organisation non gouvernementale fait en faveur des femmes en prison et du soutien moral, matériel et financier qu’elle apporte au quotidien à leurs enfants. »
Dans les murs méphitiques d’une prison
Une femme sale depuis belle lurette est barricadée
Son corps chétif est emprisonné
Mais son esprit libéré
Comme une course effrénée du vent
Voyage par monts et par vaux
Et elle pense triste à son fiston
Et se demande si elle le reverra un jour
Elle pense triste à son fiston
De jours comme de nuits
Et maudit son passé de bandit
Elle se demande si elle le reverra un jour
Et dans le désert de son cœur
Tout tâtonnante
Et pour l’amour de son fiston
Elle cherche courageusement
À se rapprocher de Père
Et à délivrer à son adresse une prière
C’est pour elle la toute première fois
De s’adresser au Père
De formuler ainsi une prière
Car la prière a été toujours pour elle
Quelque chose d’inaccessible
Quelque chose d’incompris de la sorcellerie
Mais pour l’amour de son unique fiston
Chaque nouveau jour qui se lève
Jusqu’à la fin du temps
Elle s’est déterminée à laver
Les pieds du Christ
De toutes les larmes de ses yeux
Et à les essuyer de ses cheveux
Et à les oindre de son parfum le plus précieux.
« Sur le dos de la terre rouge, Inédit, 2013 »
Bibliographie
Le moi qui parle », poèmes, Editions Edilivre Aparis, Paris, Octobre 2012
Le vertige de la parole », poèmes, Editions Edilivre Aparis, Paris, Juillet 2011
« Towa », nouvelle inédite, Journal LA VOIX DES JEUNES, Libreville, 2007
« Comment je suis arrivé à l’écriture », récit inédit, Journal LA VOIX DES JEUNES, Libreville, 2006
« C’est perdre tout le temps son temps », poème inédit, Journal LA VOIX DES JEUNES, Libreville, 2006
« Rien que pour toi Haïti, Vox popoli… Vox dei », poèmes, Journal LE PATRIMOINE, Yaoundé, 2004
« Si j’étais le monde », Pièce de théâtre, œuvre collective, Mairie Palaiseau, 2003
« Jamais sans karim », Nouvelle, œuvre collective, Editions La Case, 2000
INEDITS
Les racines de la résistance poèmes, Inédit, 2014
Sur le dos de la terre rouge, poèmes, Inédit, 2013