Ghaza, comme ils t’oublient ! Par Abdelmadjid Kaouah*
ARGELIA: Signe des temps : le politologue Samuel Huntington, auteur de l’essai controversé, « Le choc des civilisations [Odile Jacob, 1997] s’est éteint la veille de Noël. Son « Clash of Civilzations » dépeignait un Occident assiégé par des civilisations hostiles, parmi lesquelles un Islam menacant était au premier rang. A l’époque, à son propos, feu Edward Saïd avait répliqué de façon cinglante pour réfuter ses thèses: Choc de l’ignorance ! Comme la figure d’un tel penseur arabo-américain, d’origine palestinienne manque en ces heures tragiques où son peuple est soumis à Ghaza à un bombardement sans précédent. Signes des temps, à peine la dinde consommée, et dans l’attente de nouvelles réjouissances, Israël passait à l’attaque. Entre deux parties de la catalogne, les nouvelles du monde semblaient si lointaines pou nous. C’est avec la langue que le monde se dit, se décrypte et se vit. En l’absence d’une connaissance du catalan, cette langue dans laquelle paraît-il fut traduit pour la première Le Koran en Europe, sonnait bellement à nos oreilles mais restait un comme poème indéchiffrable. Pluie, froid et lumières sur Barcelone. La mer déchaînée ravageait la côte, engloutissant quelques corps et biens. La neige avait isolé des villages. Voilà ce qui était compréhensible de la chronique catalane. Dans la mémoire, quelques airs du chanteur anti-franquiste, Raimon, le nom onirique d’une citée mythique, détruite à jamais, Sinera, chantée par le poète catalan, Salvador Espriu [1913-1985] Il aura fallu atteindre le col du Perthus, non loin de la tombe de Collioure où repose le poète espagnol républicain, Antonio Machado, mort d’épuisement, lors de la Retirada [ la retraite face aux troupes du général Franco] ; puis entrer en « Francia » pour capter des nouvelles du monde intelligibles pour notre entendement. Ghaza brûlait par centaines sous les feux des F-16 israéliens. Mais à l’information - brute, les speakers des radios de France et de Navarre [publiques ou privées] s’empressaient de préciser que les victimes étaient, presque toutes, d’une nationalité estampillée Hamas.[Cf. L’édifiante chronique de notre consoeur, Ghania Mouffok, » Palestine ou l’insupportable propagande » dans le quotidien algérien de langue française , Algérie News du 29/12/08]
Le massacre des innocents pouvait se poursuivre en toute bonne conscience. Les images viendront plus tard, et d’ailleurs, en dépit de leur horreur, elles défileront au mêe titre que les images de préparatifs du Réveillon du Nouvel An, de l’usine qui ferme ses portes, des sans-abri qui meurent ici et là de froid, de la qualité des crustacés, du scandale boursier du siècle perpétré par le magicien de la finance Madoff. Il réduira de quelques nombres les milliards des milliards…Et viennent à l’esprit le branle-bas médiatique développé récemment à propos de l’agression russe contre la petite Géorgie. Le ban et l’arrière ban, médiatique, intellectuel, humanitaire, politique européen avait pris fait et cause, à quelques notables exceptions, pour les petits géorgiens livrés à la barbarie des ex-soviétiques…Il est bon, il est sain de dénoncer la violence, de récuser, la guerre, de plaider pour la paix. Mais pour tous les hommes de dieu, sans exclusive. A moins que «ce fameux « choc des civilisations » ne soit devenu le programme préféré de quelques bonnes âmes et directeurs de conscience du monde.
Quels sont les intellectuels européens de renom qui auront fait entendre leurs voix, en-dehors des amis constants du peuple palestinien. ? Reviennent à l’esprit ces paroles de l’écrivain et militant sud-africain Breyten Breytenbach dans son texte sur la mort de Mahmoud Darwish : « Mahmoud est mort. L'exil s'est achevé. Il n'aura pas vécu pour voir la fin des souffrances de son peuple - les mères, les fils et les enfants qui ne peuvent savoir pourquoi ils sont nés pour connaître l'horreur de cette vie et la cruauté arbitraire de leur mort…A Arles, je lui ai dit que je voulais proposer à mes amis poètes de nous déclarer, chacun de nous, 'Palestiniens honoraires'. Il a essayé de ne pas répondre en riant avec l'embarras habituel d'un frère. Et c'était vrai, comme nos tentatives pour comprendre et épouser l'inconsolable doivent sembler dérisoires ! Nous ne pouvons mourir ou écrire à la place de son peuple, à la place de Mahmoud Darwich. ». Cependant, il faut rappeler que B.Breytenbach a fait partie d’une délégation du parlement des ’écrivains européens qui allait exprimer sa solidarité avec le poète palestinien aux côtés de son peuple dans Ramallah assiégée en 2002. Des écrivains aujourd’hui à Ghaza, comme hier des écrivains médiatiques à Tbilissi ? Fort peu probable…Mais il reste à dire que parmi ceux qui sont sensibles au drame du peuple palestinien, les premiers sont souvent d’origine juive, voire israéliens, tels Eyal Sivan, réalisateur du film documentaire, 'Route 181', Michel Warschawski, président de l’ Alternative Information Center Jérusalem-Ramallah.' Amira Hass, d'Haaretz, la seule journaliste israélienne vivant à Ramallah … Il n’est point besoin de s’appesantir ici sur les écrivains du monde arabe…Parmi ceux qui sauvent l’honneur des intellectuels et de leur peuple, citons encore le poète et traducteur émérite des auteurs grecs anciens, Aaron Shabtai. En guise de conclusion, ces vers extraits de son poème Culture :
« […] L’officier a lu The Rebel, sa tête est illuminée, à cause de cela il ne croit pas au signe de Caïn. Il a passé son temps dans les musées Et quand il pointe le fusil vers l’enfant comme un ambassadeur de Culture, il met à jour et recycle les eaux-fortes de Goya et Guernica » Abdelmadjid Kaouah*, POÈTE du MONDE: http://www.poetasdelmundo.com/verInfo_arabe.asp?ID=2025 |