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    Renia 
    Aouadene 


    Renia Aouadene / Argelia
    رانية عودان / الجزائر

    Ô LIBAN !

    Des milliers de cercueils
    Ont envahi la ville
    Même les cimetières
    Vidés de sépultures
    Ne cèdent plus de places.

    Les corps enchevêtrés
    Des femmes, des enfants,
    De tous ces innocents
    Qui se tournent vers Dieu
    Et n’attendent plus rien.

    Les rescapés chantent
    La complainte de celui
    Qui survit encore un jour,
    Peut-être une nuit.

    Au loin, on entend
    Le chant des survivantes,
    Ces vieilles habillées de noir,
    Noir du deuil pour les unes,
    Noir de la foi pour les autres.

    Car tel est le destin
    D’un Liban entaché
    Du sang des innocents,
    Ceux qui n’y croyaient plus.

    L’espoir plein les poches pourtant,
    Ils rêvaient d’un pays
    Ressoudé, reconstruit.

    Les images d’une lointaine
    Guerre se voulaient d’un passé
    A jamais effacé.

    Ô Liban !
    Des cicatrices,
    Des plaies et des brûlures !
    Ô Liban !
    Quel est donc ton crime ?
    Rêves de Liberté !

    Liban, oublié de tous,
    Des puissants vénérés
    Et sans aucune honte
    Le monde contemple
    Ce pays dévasté.

    Les doigts accusateurs
    Se tournent vers les hommes
    Ceux qui les yeux fermés
    Ont refusé de voir
    Les massacres perpétrés
    Par ceux qui jadis
    Pansaient leurs plaies,
    Victimes inéluctables
    De cette peste immonde
    Qui se voulait
    Maître du monde.

    Ô peuple de l’exil !
    Qu’as-tu fait ?

    Tes mains tachées de sang,
    Le sang de ces femmes,
    De ces enfants ne peuvent
    Justifier ta soif de Liberté.

    Je vous ai regardé
    A travers la lucarne,
    Vous pénétrez chez moi,
    Moi qui n’en finit plus
    De pleurer ces horreurs
    Chaque jour projetées
    Dans ce bel univers
    Et pourtant si hostile.

    L’odeur de puanteur
    A assailli mes sens,
    Traversant les frontières,
    Les mers, les océans.
    Alors que je contemple
    Ces images brouillées,
    Ce sont bien mes entrailles
    Que l’on a déchirées
    Au travers d’un Liban
    Pour longtemps décimé.

    Ô Liban !
    Regarde tes enfants,
    Ils seront ton orgueil
    Car demain dès l’aurore
    Ils voudront se lever
    Pour qu’enfin puisse éclore
    Les œufs déjà couvés
    D’un pays éclairé.

    AOUADENE Rénia
    14 Novembre 2006


    BOUGIE, BEJAIA, BGAYET


    Lorsque le Tariq ibn Zyad accoste au port de Bejaia,
    le voyageur prie pour que la mer ne soit pas déchaînée
    devant ces côtes accidentées.

    Au loin, on aperçoit surplombant la ville, Ima Gouraya,
    lieu saint, lieu de prières où tant de pèlerins ont imploré Dieu et son Saint.
    Qui a quémandé la guérison de son enfant,
    qui a supplié pour que sa fille soit mariée,
    qui a mendié la nourriture pour les siens …

    Bejaia la musulmane regorge de lieux saints.
    A l’intérieur le mausolée de Sidi – Abdelkader
    et sa fontaine censée purifier les âmes,
    effacer les péchés, apporter la paix…
    A l’extérieur, Sidi – Saïd où
    les femmes se regroupent pour faire égorger
    la chèvre ou le mouton afin de nourrir les hordes de misérables
    venus des villages alentour qui accourent aux cris de
    « C’est un jour d’Aumône, venez manger l’assiette de couscous ! »
    Un pèlerinage de plus afin de demander à Dieu, protection …

    Bougie et sa place Guédon d’où le désespoir se jette.
    Combien de jeunes filles, de jeunes garçons se sont envolés
    devant l’absence d’issue, d’espoir, de projet.
    Des rues soudain peuplées de fellahs,
    paysans ayant abandonné à l’indépendance, en ces
    jours glorieux, leurs gourbis, leurs terres, leurs villages…
    Fellahs sans illusions, sans rêves
    et sans passions.
    Ils sont donc descendus pour remplir des baraques
    et respirer l’odeur de ces hydrocarbures,
    choix ô combien prioritaires d’une Algérie indépendante
    au détriment d’une agriculture qui nourrissait
    les français du temps de Madame la France !

    Bougie devenue monstrueuse !
    Constructions anarchiques,
    toujours, toujours plus haut, encore, encore plus vaste !
    Propriétaires spoliés, terres dérobées, maisons occupées,
    Bougie se dresse inhumaine, sale mais encore fière.

    Bgayet, la kabyle, peuplée d’enfants, bâtards, ingrats, naturels, légitimes,
    debout, assis, couchés, recroquevillés
    aux regards hagards, violents, haineux,
    malheureux, impuissants mais si verts, si bleus, si noirs….
    Berbères courageux,
    de printemps en printemps qui sillonnent les rues
    en criant leur slogan « Ulach Smah, Ulach Smah ! »
    Aucun pardon, aucun pardon
    pour un pouvoir criminel, assassin d’enfants kabyles.

    Bgayet crie son attachement à sa culture,
    rêve de ses ancêtres, éternels oubliés
    au fin fond du livre d’histoire où jamais
    n’a été écrit qu’elle était descendante du peuple Imazighen,
    celui des hommes libres

    Bgayet et ses poètes, ses chanteurs, ses écrivains,
    ses sculpteurs inconnus qui pourtant ne demandent
    qu’à déverser leur art dans les rues de la ville
    pour bien montrer combien cette ville est si riche.

    Bougie n’a plus de traces de ces enfants maltais,
    de ces beaux italiens et sardes et siciliens, lascives andalouses…
    Un jour ils sont partis, ils ont laissé Bougie.
    Mais oui, ils l’ont pleurée ! je les ai rencontrés.
    Ils ont toujours rêvé un jour d’y retourner.

    Bejaia, Bougie, Bgayet !
    C’est surtout ces visages, ces silhouettes de femmes
    trop longtemps effacées, égarées, écorchées.
    On les a vu pourtant déferler dans les rues
    pour demander justice quand l’enfant innocent
    sous les balles est tombé.

    Bgayet, c’est ma ville, non je n’y suis pas née,
    moi fille de Marseille.
    C’est l’âme de ma mère qui traverse ces rues,
    que je viens retrouver, chaque fois un peu plus.
    Alors, je l’imagine enfant, adolescente,
    jouant dans ces ruelles en ces temps de la France.

    Bgayet, Bejaia, Bougie !

    TANGO


    C’est…
    un tango solitaire
    un tango argentin
    quelques notes jetées
    au hasard des chemins
    quelques cris oubliés.

    C’est…
    un tango sublimé
    une plainte envolée
    un sourire évadé
    par-delà l’horizon
    la mort et la passion.

    Ce tango c’est nous deux
    c’est ton désir cruel
    c’est un viol consenti
    c’est le gaucho viril
    perverti, rejeté
    que tu portes en toi
    qui s’oublie, qui s’enfuit
    qui me montre du doigt .

    C’est…
    un tango argentin
    un tango falsifié
    avec ses lendemains
    de violence et de haine.
    C’est peut-être…
    Sans doute… le tango
    De demain.

    BARCELONA

    Barcelone,
    autrefois Terre des damnés
    Terre des insurgés,
    ceux qui derrière les barricades
    dirent non aux corbeaux.
    Mais ils étaient plus forts,
    tels des bêtes sauvages,
    le regard assoiffé,
    les mains pleines de sang,
    ils avançaient encore.
    Les méprisés, les révoltés,
    voulaient rester debout
    mais les autres avançaient.
    Ils gagnaient des villages
    qu’ensuite ils détruisaient.
    Barcelone,
    Terre des anarchistes,
    Terre des humiliés,
    ils voulaient voir leur peuple
    la tête redressée.
    Ils voulaient partager
    au nom de leurs idées
    pour les voir triompher.
    Pourtant, ils ont cédé,
    ils avaient tout tenté.
    Barcelone,
    écorchée vive,
    les voix se sont tues
    pendant des décennies.
    Ils ont baissé les bras
    et ont marché au pas.
    Barcelone,
    un vent de liberté
    a soufflé sur la ville
    quand le corbeau
    s’est enfin envolé.
    Barcelone,
    Terre des oubliés,
    des sexes asexués,
    des sexes débridés
    pullulant sur Las Ramblas.
    Le Barrio chino croule
    sous les pieds de ces hommes
    qui ne sont pas des hommes,
    sous les pieds de ces femmes
    qui ne sont plus des femmes,
    notables pédérastes,
    sombres prostitués,
    tragiques travestis,
    chulos y maricas…
    Barcelone,
    aujourd’hui si puissante,
    se démarque des autres
    au passé relégué.
    Barcelone,
    c’est l’ombre de Gaudi
    qui plane sur ton corps.
    Barcelone, souviens-toi !

    NOIR

    Noir, le linceul
    qui recouvre ces femmes
    Noir est le voile
    que portent les filles
    d’Alger, dans les rues
    Noirs sont les hommes qui,
    mon hymen un jour
    au sabre, ont déchiré

    Noir est le sang
    qui, de ces assassins
    à maculé les verges
    Noir est le cœur
    de ceux qui assistaient
    au calvaire des femmes

    Noir est l’enfant
    du monstre dont la semence
    un jour, j’ai été obligé
    à jamais de porter

    Noir sera le destin
    de ces mères qui les ont
    à jamais engendrées

    Blanc sera le flambeau
    Blanche sera la vengeance
    qu’à jamais je réclame

    Blanche sera la couleur
    de la mère justice
    qu’enfin, je revendique

    Noir, blanc
    Noire, blanche
    sera le bras
    sera la main
    qu’un homme
    me tendra

    Le Port ouvre ses portes
    sur ses hommes apeurés
    qui ont déjà franchi
    les frontières interdites ;
    Le Port ouvre son ventre
    et déverse sa boue
    sur ses vieux ouvriers,
    dockers déracinés
    aux regards apeurés.
    Le Port est envahi
    de fientes insolubles
    déversées par les jets
    des oiseaux migrateurs
    attirés par l’odeur
    des égouts qui s’écoulent.
    Le Port ferme les yeux
    sur les putains obscures
    venues de nulle part
    chercher quelques fortunes.
    Le Port souffre en silence
    de ces bruits atypiques
    aujourd’hui disparus
    quand sonne la sirène
    des grévistes en colère.
    Le port porte les cicatrices
    de ces milliers d’esclaves
    qu’il a pu déverser,
    de ces colonisés
    qu’il a vu déferler.
    Sa matrice si souple
    a enfanté ces hommes
    ayant jailli un jour
    d’un ailleurs inconnu.
    Le Port ouvrait la voie
    à ceux qui héroïques
    rêvaient d’un avenir
    d’espérance et de gloire.
    Mais le Port d’aujourd’hui
    a refermé ses portes
    pour ne plus l’entrouvrir
    car les Grands de ce monde
    étouffés par l’orgueil
    ignorent la misère
    comme pour se protéger
    de la faim et du froid,
    des guerres et ses blessures
    qu’ils infligent aux autres.
    Le Port si généreux… ce Port n’existe plus.

    Aouadène Rénia

    Prix d’honneur Lire en Fête 2006
    Association Terpsichore – Port La Nouvelle


    NO LLORES

    Cuando al anochecer,
    contemplo la Alhambra,
    iluminando ya
    el barrio Albaizin
    con sus cuevas gitanas.
    Cuando al anochecer,
    el palacio se enciende
    sobre una ciudad
    llena de maravilla.
    Cuando al anochecer,
    el silencio atravesa
    las cortes, los jardines,
    oigo la voz extrana
    de la Juana la Loca,
    las lagrimas perdidas
    del triste Boabdil.
    Ultimo rey naziri,
    no llores mas ahora !
    El viento resucita
    a veces por las calles,
    recuerdo de un tiempo
    siempre, jamas perdido.
    No llores Boabdil !
    se acabo contigo,
    la belleza y el honor,
    el respecto y el dolor,
    cuando Al-Andalus,
    Tierra de los debiles,
    Judios y Cristianos,
    Musulmanes y Otros,
    podian compartir
    en un mismo deseo,
    la vida y su labor,
    la muerte y su sabor,
    el amor, desamor.

    EL SUSPIRO DEL MORO

    El suspiro del moro
    sigue corriendo
    por la calle de Granada
    El suspiro del moro
    sigue gritando
    por las paredes
    del palacio
    El suspiro del moro
    sigue llamando
    con una misma voz
    Es el grito del moro
    aquel que sigue llorando
    el esplendor de Granada !

    ELLOS SOLOS SABIAN

    Ellos solos sabian
    que la felicidad
    no podia atravesar
    los cuerpos de los hombres
    tan destruidos
    de tanto silencio
    de tanto sufrimiento.

    Querian gozar
    de la rebeldia
    pero ellos solos sabian
    que no era posible.
    los potentes quedan potentes
    y los debiles, debiles.

    Ellos solos sabian
    que el amor
    no es cosa eterna
    y a pesar de la lucha
    y a pesar de su fe,
    lo posible no es posible,
    hay que compartir
    el dolor de la cosa perdida.

    El mundo sigue siendo
    objeto necesario
    para créer que la verdad
    existe,
    pero es demasiado tarde.
    ellos solos sabian
    lo que nosotros
    no sabemos.

    CORDOUE

    Dans les jardins fleuris
    du palais de Cordoue,
    je me suis égarée.
    Pendant des heures entières,
    souvent interminables,
    j’ai erré, j’ai cherché.
    J’ai contemplé les cieux,
    j’ai senti la présence
    des amoureux transis,
    poètes et poétesses,
    hommes et jolies femmes
    à la fougue certaine
    qui au mépris des lois
    ne cessaient de s’aimer.
    Rencontres épisodiques,
    rendez-vous illicites,
    étreintes insolites…
    J’ai souvent des regrets,
    une langueur soudaine,
    mélancolie étrange
    traverse mon esprit.
    Je pleure cette époque
    où Cordoue la frivole
    célébrait les amours
    de ces amants célèbres
    disparus pour toujours.

    Biografia

    Renia Aouadene / Argelia
    رانية عودان / الجزائر


    Rania Aoudane, est poétesse et écrivain, originaire d'algérie et plus particulièrement de Kabylie, elle vit à Marseille où elle enseigne et 'écrit
    Professeur de lettres-histoire : Lycée la Calade – Marseille
    Etudes de littératures et civilisations hispano-américaines et en Sciences de l’ Education : Université d’Aix en Provence
    Lectures d’extraits du recueil : AMER…TUMES
    Sur une musique de Denis CHAUVET [guitare -basse]

    Publications :

    Poésies tirées du recueil Amer…tumes dans la revue Algérie littérature Action aux éditions Marsa
    - Nouvelle poésie algérienne [ ed. Marsa]
    DESTINEES [Recueil de nouvelles] éd.Marsa

    http://aouadene.renia.over-blog.com/

    Violeta Boncheva
    Patricia Andrea
    Rodriguez
    Ahmed
    Almarasi
    Elena
    Kohen
    María
    Aparecida da Silva
    Roberto
    Da Silva
    Luciana
    Campos
    Gardenia
    Barraza Farinelli
    Nkai
    Mpiosso-ye-kongo
    Ljubomir Mihajlovski