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    Abdelmadjid 
    Kaouah 


    Abdelmadjid Kaouah / Argelia
    عبد المجيد ك. / الجزائر

    Ikhlas/Final

    Aux poètes du monde


    -I-

    ont-ils assez ri
    de toi et de tant d’autres
    les prescripteurs les proscripteurs
    ceux qui tiennent la ligne droite
    les tenanciers du slogan
    agiles à grimer leur boursouflure
    à fouler du talon le désarroi du prochain
    ont-ils assez moqué le niais
    qui tient son cœur à sécher
    au grand air des chemins sans repère
    ont-ils assez recouvert de poix
    l’écume légère de nos jeunesses
    les chemins clairs et fous
    de la grande promesse


    ils ont la clef du froid
    la science de la pertinence marketing
    la mémoire sinueuse des marchandages


    -II-

    et nous
    nous gardons un vieux secret
    une fertile parole sans posologie
    nous aimons toujours sans rire
    les hommes et leurs chants
    opprimés comprimés largués
    sur une mer nuit sans étoile
    entre deux frontières
    sur une pâle bouée
    pour noyer le destin
    comme un chien enragé

    est-ce la vague
    est-ce cet increvable destin
    qui s’esclaffe sous le ciel

    la poésie est de cette terre
    de notre monde


    Abdelmadjid Kaouah

    SUR TOUTE L'ETENDUE DE LA TERRE


    C'est ici
    que nous nous sommes donnés
    rendez-vous
    dans le vaste bouillonnement
    des foules désemparées

    sur toute l'étendue de la terre
    on se débarrasse du surplus
    on enterre sur l'autre versant du mensonge

    fragile sentinelle
    accablé de silences
    entre l'oued et les remparts
    un homme habite les remparts

    *

    que nous étions-nous promis
    une suite de stridences
    une séance de morsures

    un bonheur à toute épreuve
    quelques lambeaux de tendresse
    par saison divorcée
    et par inadvertance nous voici réunis

    te voici à contre miroir
    éclats bris saccades
    te voici réduit à l'épaisseur de tes insomnies

    te voici blessure sans miroir
    déployé sur l'étendue de tes orgueils désaccordés
    miroir sans désir
    d'où s'égoutte le sang
    des oiseaux désaxés
    surpris par le simoun

    Ici l'eau a une fois pour toute résolu le vieux dilemme : entre l'écume et les galets une subtile connivence règne.
    Sereine la main accoste, libère ses exigences. Et les saisons succèdent aux saisons
    Au rythme des peines nocturnes.
    Le vent ameute les vivants. Il leur impose devoirs et servitudes.
    Voici la murène alif violent qui procède de la passion des chevaliers enlisés dans les sables de la mémoire.
    Corps promis à la corruption des écritures malignes
    Chair suspendue au mât de misaine
    Navire à l'encan et blasphème suprême
    Le soleil s'ouvre les veines par-dessus le jasmin dément

    ULYSSE S'EST PERDU DANS LE METRO

    Pas comptés d'Ulysse
    Diadèmes mortifères
    Les chrysanthèmes couronnent Collioure
    Poussières de destin jeté sur la voie Domitia

    A son atelier
    Il malaxe la syntaxe avec des fureurs précolombiennes
    Des lamentos républicains
    Dans ses veines
    Coule la source surhumaine
    Où viennent s'abreuver
    Les passants sans valise

    L'Autun gouverne sans partage
    Il reçoit la poésie
    Et ses ambassadeurs apatrides
    Sans lettres de créance

    Seul le vent aux semelles
    Comme dans une parodie rimbaldienne
    Ponctue les distances
    De la vallée de la Chevreuse
    -reconnue comme dans un songe
    Un roman picaresque réécrit névrotiquement
    Avec un avatar de Milady ouvrant son corps
    Dans une forêt noire-
    Au royaume du sureau
    Là où les frontières s'abolissent
    Comme dans un songe de liberté
    Et c'est peine perdue pour le tampon
    Sur le passeport

    TALISMAN

    Quelques pas
    Dans la décomposition des trottoirs
    Un alphabet d'allumettes qui se plaît
    A éclairer la naissance d'une tumeur
    Un talisman foudroyé
    Les yeux du gel

    Pour tout cela
    Il y a un remous qui plaide
    Pour une goutte d'eau
    Un oiseau qui attise sa surdité
    L'aube attestée répandue en bave
    Les images solides du jour
    Qui se poussent pour mieux
    Jouir du mensonge

    Là-bas dans la forge des rancunes
    Où les femmes agiles de notre enfance
    Préparent le vieux bélier à la braise
    Les étoiles chavirent dans la tragédie
    Je suis le premier sous l'étendard
    de la vase partout la vase
    le temps et les herbes
    envahissent les sources

    au centre du champ
    l'arbre flamboyant
    et la fontaine étonnée
    où grouillent les destinées
    à la recherche de vertus de désirs de sacrifices
    un peuple et un arc en ciel
    [Extraits de Que pèse une vitre qu'on brise]

    biografia:
    Abdelmadjid Kaouah / Argelia
    عبد المجيد ك. / الجزائر


    Abdelmadjid Kaouah est né le 25 décembre 1950 à Aïn-Taya, près d'Alger.
    Journaliste de profession, chroniqueur littéraire. Maîtrise de Lettres consacrée à la poésie algérienne de langue française. Il publie depuis les années soixante-dix : Alif, Europe, les Editions du Stencyl en Algérie. La violence qui a frappé son pays dans les années quatre vingt-dix l'a poussé à l'exil en France.
    Il a publié à également en en France dans diverses publications : La Sape, Phréatique, L'Orycte, Verso, Poésie Première, Sud etc...
    Son recueil : Par quelle main retenir le vent, préfacé par Tahar journaliste en 1986 évoque ce qu'aurait pu être l'Algérie si les poètes avaient eu la parole. Par quelle main retenir le vent suivi de La Jubilation du Jasmin a été récemment republié par les Editions Noir & Blanc ainsi que L'Ombre du Livre.
    A publié précédemment Le Noud de Garonne [Editions Autres Temps, Marseille]. Il a obtenu le Prix Sernet 1995 des Journées internationales de poésie de Rodez pour La Maison livide [éditions Encres Vives, avec une couverture de Hamid Tibouchi, Toulouse]. A publié une anthologie : Poésie algérienne francophone contemporaine [Ed. Autres Temps, 2004]
    A paraître : Que pèse une vitre qu'on brise

    majidkaouah@neuf.fr

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