Ahmed
Bouguarche
Ahmed Bouguarche / Argelia أحمد بوقارش / الجزائر
Pétales de mes rêves
Pétales de mes rêves Eclatés par la bêtise masculine Ecartelés par la tradition L'archaïsme au jour le jour Pétales de mes rêves Ecrasés par le mâle Ecartés de la lumière L'obscurantisme est en vogue Pétales de mes rêves Etranglés par les voiles Etrangers dans vos familles Les murs en permanence Pétales de mes rêves Eclipsés tôt dans la vie Eventrés la nuit de noces Les couches en série Pétales de mes rêves Elimés jusqu'à l'usure Eliminés pour un soupçon d'honneur Les coups à tout moment Pétales de mes rêves Essoufflés à trente ans Effondrés à quarante La vie de grand-mère jusqu'au dernier jour. Les quatre V
Les filles de mon village Que le noir embellit Le deuil, elles l'avaient connu Gazelles à la finesse légendaire On vous enferme La violence débordante des mâles Vous la subissez chaque jour Voile, Viol, Villa, Voiture Les quatre V sont à la mode Sortie voilée, violée, voiturée Villa-prison et vieillesse Qu'on oublie d'associer aux quatre V De leur vigilance virginale Un jour viendra où la liberté Liberté de mes rêves inachevés Dans un pays jeune Déjà fracturé Déchiré par le malentendu, brisé Au nom d'idéologies versatiles Mes sœurs, les filles de mon village Le dernier des V à subir leur virulence Leur veulerie Qu'eux, les mâles, n'osent avouer par vanité.
Alger blanchâtre
Alger la blanche Mais ce n'est pas blanche qu'il faut l'appeler Alger la grise Grise de rancune où les jeunes s'enivrent de désespoir De découragement Alger la sale Sale où l'eau manque vingt cinq heures par jour Alger la pourrie Pourrie par la corruption de ses fonctionnaires et de sa politique Alger la merde Merde qui ne se dit que des rats qui mangent en plein jour les ordures de vos ordures Alger les portes fermées Les portes fermées de l'avenir, des ministères, du parti, des responsables [?] et de toute la chefferie Alger la perdue Perdue au milieu de deux millions de kilomètres Elle a perdu sa couleur Alger la blanche Oui blanches les nuits passées sur des cartons Blanches les nuits de ceux qui attendent le matin pour un papier Blanche de ses femmes voilées Je dirai blanchâtre pour éviter bâtarde, la couleur qu'elle a adoptée depuis que les jeunes sont mutilés.
Sans poème sang
Sans poème sang Qui coule de nos malentendus Aux lendemains de l’indicible atavisme L’indifférence des pouvoirs Et la misère d’un peuple Sans poème sang Qui empoisonne la vie des humbles Au jour de l’incompréhension Les dérives du clanisme Et l’institution du régionalisme Ne sortira que sans poème sang d’une tête enturbannée.
Nuit de noces
Nuit de noces, nuit de sang L’extase des invités avides de sacrifice Il t’immole pour rejoindre le groupe Ton honneur est sauf Sa virilité prouvée Sang dru, silence épais Toi, baignant dans une mare Le drap circule de main en main Les youyous brisent la nuit Toi, tatouée pour la fin des temps Blessure à jamais ouverte Douleur sans limite Nuit de viol, silence infini La coutume est intacte D’autres suivront sur l’autel Souffrance perpétuée Toi, maintenant soumise Nuit de noces, violence éternelle Tu rejoins le troupeau En silence, ton silence
Népotisme et tyrannie
Népotisme, famille et fratrie L’obsession du pouvoir Par la violence, par l’interdit Contre la volonté du peuple La fin absolue de la tyrannie
Pouvoir, corruption, détournement et richesse Ils disent « c’est nous la providence » S’accaparent de ce qui reste Et veulent obéissance et soumission.
Au prise avec leur avidité On paie leur inconstance Brûle nos rêves Et détruit nos espoirs.
Ombre de nos malheurs Nos malheurs de toujours Sortis de l’ombre de votre médiocratie Dieu que l’horreur s’amplifie
A la vue de la petitesse qui gonfle Aux circonstances douteuses de son ascension Seule la décharge publique gonfle sans raison Lui oublie tout cela. El-Eulma, mon village
El-Eulma, ville plate, allongée Tels ses habitants devant l’autorité Ville à l’ennuie facile et la bêtise à fleur de peau El-Eulma, ma souffrance et mes années de braises De mon enfance et des simples plaisirs Ville ??? mon amour de village El-Eulma au visage changé par la meute des douars Ville défigurée par les gourbis et le béton des riches Moi l’exilé au fond du monde Je n'oublierai jamais mon village aux mûriers meurtris par la médiocrité d’un maire Je n’oublierai jamais les nuits fraîches, les longues marches,et les blagues des amis Je n’oublierai jamais cet antre de quiétude où je retrouve les mêmes et les autres El-Eulma, ma fierté, ma source et mon inspiration Tels tes hommes au geste simple et au rire franc Village de mon passé et ma colère débridée et la détermination résolue Je reviens en pèlerin juste pour goûter à la platitude de ton paysage.
Biografia: Ahmed Bouguarche / Argelia أحمد بوقارش / الجزائر Né en Algérie et plus précisément a El-Eulma, je vis aux USA ou je suis professeur de français et de littérature maghrébine de langue française a Californie State Université, Northridge dans la banlieue de Los Angeles. Poète, nouvelliste et critique littéraire . J'ai publie des poèmes dans l’Algérie: Littérature/action en 200 des extraits de Pétales écrasés, poèmes repris par les éditions marsa dans Nouvelle poésie algérienne, 2002 et en juin 2006 des extraits de Sans [poèmes] sang. J’ai aussi publie des poèmes en français et leur traduction en anglais dans TO Topos: Poetry International publie par l'université de l'Oregon aux USA en 2005. J'ai publie des nouvelles et des articles de critique littéraire sur la littérature maghrébine. J'ai aussi donne des dizaines de conférences sur la littérature algérienne de langue française notamment en ce qui touche aux problèmes de l'aliénation des femmes.
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