Nora Atalla
[Cónsul - Quevec]
Là-bas.
Là-bas tombent des mouches tombent des hommes il pleut la mort au-dessus de leur tête.
Les cèdres brûlent même sur les drapeaux.
Là-bas les enfants ne comprennent plus là-bas les enfants ne comptent plus on ne compte plus leurs corps enfouis sous la poussière sous la colère et la fureur.
Là-bas pleurent les mères les mères pleurent et tournent en rond à la recherche des oubliés de Dieu elles maudissent la peur et l'envahisseur.
Le ciel dégorge des calamités.
Justice factice
Ils sont venus au nom de leur dieu avec leurs oiseaux de fer pour dévaster ma terre pourtant, déjà nue.
Ils sont venus au nom de leur justice mensongère, factice brider ma liberté juguler la vérité et cravacher mes frères pourtant, déjà rompus.
Ils sont venus avec leur toute-puissance et leur condescendance profaner ma religion piétiner mes convictions pourtant, déjà vaincues.
Ils sont repartis avec leur suffisance et leur bonne conscience braves et fiers d'avoir anéanti mes rêves de délivrance.
La mémoire du coeur
Je me souviens du Mont Valérien et de la rivière pourpre dévalant la clairière des fusillés jusqu'aux confins de l'horreur. Je me souviens des cratères qui avalaient la chair des décombres et des trahisons et des ombres de la terreur.
Je me souviens de ton sourire des dimanches à Talange de ta mine effarouchée la journée de la rentrée.
Je me souviens de l'île de la Cité et du Monument de la Déportation siégeant sur le coeur de tous les résistants. Je me souviens des brodequins résonnant sur les pavés des fusils de l'ennemi et des baïonnettes de l'effroi.
Je me souviens de ton rire de jeunesse à l'époque des vacances de ta frimousse barbouillée de glace les beaux jours de l'été.
Je me souviens du Vélodrome d'Hiver et du « vent printanier » et du manteau de la honte recouvrant l'humanité. Je me souviens des enfants assassinés le long des chaussées qui exhalaient l'immolation et suintaient d'épouvante.
Je me souviens de ton visage radieux une fille à ton bras et puis des adieux sur un quai et du train qui t'emportait au loin.
Mon coeur pleure et se souvient d'un certain matin.
Grand Prix 2006, concours international de l'Union des Poètes francophones.
biografia:
Romancière, nouvelliste et poète, native du Caire, d'origine grecque libanaise et franco-russe, elle est l'arrière-petite-nièce du Dr Joseph-Charles Mardrus, traducteur des Mille et une nuits, et de l'écrivaine et poétesse, Lucie Delarue-Mardrus. Nora Atalla vient de remporter coup sur coup le Grand Prix 2006 de poésie de l'Union des Poètes francophones, ainsi que Le Premier prix de la Francophonie en poésie. Nora Atalla s'est aussi mérité plusieurs autres prix de poésie. La lauréate a été publiée dans diverses anthologies en France et au Québec. Ses textes réflexifs s'attachent à éveiller les consciences sur l'isolement et les injustices sociales; ils traitent aussi d'exil et de quête identitaire. Une écriture exploratrice, toujours à la recherche du mot juste, les yeux et le coeur grands ouverts, braqués sur le monde et sur la douleur d'être. On peut visiter son site personnel au
http://www.nora-atalla.com
atallanora@yahoo.fr
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