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Remy Durand
Nacionalidad:
Francia
E-mail:
Biografia
RMY DURAND

ANGES NUS

[texte intgral]

Ce pome a t crit l'occasion de l'exposition L'eau & le Feu, Dialogues littraires et plastiques, qui s'est tenue Carcs, la Maison des Arts, du 18 octobre au 20 dcembre 2003. Il a t publi dans le catalogue de l'exposition et aux Amateurs Maladroits La Seyne-sur-Mer en novembre 2003. Une rdition 'chez l'auteur' a vu le jour Toulon en mars 2008, l'occasion de l'invitation Quito de Rmy Durand en avril 2008 pour des lectures publiques et des confrences.

VOIR d'autres textes sur le site de Rmy Durand http://www.remydurand.com

ELLE

De soie les draps, de soie les coussins, de la plus fine, de la plus lgre, comme une simple caresse de vent, un soir frais d't.
Elle a ferm les rideaux, de soie rouge qui tombent au sol. On dirait qu'ils flottent et qu'une imperceptible respiration les meut.
De soie aussi les foulards et les grandes charpes qui se trouvent sur le lit, de soie les traversins et les oreillers.
Elle s'est tendue sur le dos, les bras le long du corps, les paumes des mains vers le miroir du plafond.

Elle sait qu'aujourd'hui cela viendra.
C'est le jour.
Cette fois, elle sait.

Des plis de soie orange recouvrent son corps nu. Elle a laiss couler ses cheveux blond-roux qui recouvrent les tissus et ses seins, de petits seins-citrons que l'on devine doux et ronds.
Son corps est fin, jeune, au creux des reins une amphore comme retrouve dans un galion au fond des mers et qui aurait contenu un vin du meilleur cru.
Son ventre est plat, mais juste assez ovale, avec des retentissements de frissons appelant des lvres. Plus bas, un V renvers, valle d'or o rgne une petite pierre d'or, humaine, si humaine.

Elle sait que cela doit venir.
C'est le jour.
Elle veut honorer celle qui doit venir. Elle a choisi de la soie, de la soie bordeaux, de la soie pourpre. Elle a choisi toutes sortes de soies, la soie satin, du taffetas, de la soie levantine, de la soie surah, elle a choisi des gazes et des mousselines, des soies d'Italie, des soies d'Asie lames d'argent et d'or, de la soie du Mahārāstrā et aussi d'Amādābād.

Son visage luit. Une lueur opale, qui vient des yeux. Ils ont le vert des lacs d'Irlande, celui des lacs des Andes au flanc des volcans. Ils ont le vert du regard des vierges des glises de Cuzco, le vert des yeux de celles qui revtent des jupes ornes de pierres prcieuses qu'on appelle chalchilhult, le vert de la desse des eaux.
Elle attend.
L'eau.
Elle pense que le moment est venu. Ses yeux brillent de bonheur. Son corps frmit. Elle sait que l'eau vient.
Sous le voile de soie, son visage. Un visage de nuit, trangement. Un visage pli, froiss comme une toffe.
Un visage de la nuit des temps, il y a des sicles, et mme peut-tre avant les sicles. La peau de son visage est devenue presque transparente, et laisse merger des ridules de sang, qui creusent davantage les rides et les plis qui y sont enchsss, toute une froissure de visage comme un parchemin que le moindre effleurement miette.

Alors, c'est l'instant. C'est le moment. L'eau vient.
De ses jambes, de son ventre, du tout du long de son corps l'eau vient. Elle sourd par petites gouttes tides, lentement, avec une lente dtermination, son corps s'habille de gouttelettes qui forment de minuscules roses d'un ovale parfait, qui peu peu s'largissent et coulent et s'panchent. Chaque goutte rejoint une autre, dsormais ce sont de discrtes sources qui inondent son corps, les draps, les soies. L'eau lui appartient, elle appartient tout entire cette eau qui source de son esprit et de son corps.
Elle sourit. Le jour est venu, enfin. Elle souhaite l'ternit de cette eau qui l'enveloppe. C'est une eau claire, douce, peut-tre lgrement sale, peut-tre douce-amre, une eau qui sent la montagne et la mer.

Elle n'attend plus. L'eau est l, en elle, autour d'elle,
qui brille de certitude. Bientt elle coule sur le sol, et emplit la chambre. Bientt elle atteint le niveau du lit, puis plus haut encore, puis plus haut encore. L'eau est l, elle la recouvre tout entire. Elle atteint le niveau de la tte du lit.
Alors, dans la transparence parfaite de cette eau, son visage a perdu l'ge. Elle respire, lentement. Elle est bien. Elle est heureuse. Son visage est lisse comme celui d'une jeune fille, il est doux comme son ventre, doux comme de la soie.

A la surface de l'eau, de petites flammes comme des feux follets miroitent. Elles entrent dans l'eau et y dessinent des spirales. Elle les regarde, intensment.

LUI
L'homme est tendu sur le dos, jambes tendues jusqu'au pied du lit, les bras le long du corps, les paumes des mains vers le miroir du plafond.
Il sait qu'aujourd'hui cela viendra.
C'est le jour.
Cette fois, il sait.
Il est encore jeune. Les membres sont longs, surtout les bras. Il a gard au bras droit le bracelet d'argent incrust d'bne de ses dix-huit ans, achet au march maure de Dakar.
Il a gard la chane en or qui porte en mdaillon la Vierge de Coromoto, celle de l'glise de son quartier Caracas.

Il sait que cela doit venir.
C'est le jour. Il veut honorer celui qui doit venir. Il a allum la lampe indienne dont les dcoupures mme l'abat-jour projettent au plafond des nuages un peu mauves, des nuages bien pleins qui ressemblent ceux de Rome, le soir.

Son visage luit. Une lueur claire, qui vient des yeux.

Il attend. Le feu. Il pense que le moment est venu. Ses yeux brillent de bonheur. Son corps frmit. Il sait que le feu vient.

Mais son visage est celui d'une nuit sans hibou. Un visage de vieillard, dont la peau n'est que fronces, replis, plis serrs au bord des lvres, plis creux sur le cou, plis ronds sous les yeux, avec une dpression de cernes noirs, comme s'il n'avait pas connu le sommeil depuis de trop longues nuits. Un visage de la nuit des temps, il y a des sicles, et mme peut-tre avant les sicles. La peau de son visage est devenue presque transparente, et laisse merger des ridules de sang, qui creusent davantage les rides et les plis qui y sont enchsss, toute une froissure de visage comme un parchemin que le moindre effleurement miette. Son visage n'est qu'un vieux livre dont le temps aurait jauni et tach les pages.

Alors, c'est l'instant. C'est le moment.
Il vient.
Il prend naissance au bord du tableau.
Ce sont de toutes petites flammes, qui ne semblent pas brler la toile, tant l'espace qui y est inscrit est fluide, flottant, coulant.
Les flammes avancent d'un bord l'autre, sans jamais prendre de l'ampleur, et dgagent un parfum d'arc-en-ciel. Et puis cela vient aussi de lui. De ses jambes, de son ventre, du tout du long de son corps le feu vient. Il sourd par petites flammes tides, lentement, avec une lente dtermination, son corps s'habille de flammes qui forment un cercle autour de son corps, puis autour de lui. Peu peu elles s'largissent et coulent et s'panchent. Chaque flamme rejoint une autre, dsormais ce sont de discrtes sources de feu qui inondent son corps, les draps, le lit tout entier. Le feu lui appartient, il appartient ce feu qui source de son esprit et de son corps.
Il sourit. Le jour est venu, enfin. Il souhaite l'ternit de ce feu qui l'enveloppe. C'est un feu clair et doux, un feu qui sent le vent et la mer.
Il n'attend plus. Le feu est l, en lui, autour de lui, qui brille de certitude. Il s'entend dire la terre m'appartient . Bientt le feu coule sur le sol, et emplit la chambre. Bientt il atteint le niveau du lit, puis plus haut encore, puis plus haut encore. Le feu est l, il recouvre son corps. Il atteint le niveau de la tte du lit.
Alors, dans la transparence parfaite de ce feu, son visage a perdu l'ge. Il respire, lentement. Il est bien. Il est heureux. Son visage est lisse comme celui d'un jeune homme.
A la surface du feu, de petites gouttes d'eau, comme venues de nymphas, miroitent. Il les regarde, intensment.

biografia:
REMY DURAND
alias
VILLA-CISNEROS
crivain


Rmy Durand, qui crit aussi sous le pseudonyme de Villa-Cisneros, est n Caracas, dans cette Amrique indo-afro-europenne qui devait le marquer profondment. Son enfance, il la vit au Venezuela jusqu' l'ge de 10 ans, faisant siens l'espagnol et les rsonances - chair et esprit - du pays de Simn Bolivar et des orchides.
Puis ce fut le Sngal o il fut lve au lyce Van Vollenhoven, de la 6me jusqu'au Baccalaurat, pour poursuivre ses tudes la Facult des Lettres de Dakar, qu'il quitte pour la France, Licenci es Lettres, en 1968. Suivent les Concours, les chemins sont tracs : il travaillera pour l'Alliance Franaise en Colombie, en Inde, en Equateur, et en Irlande, pour promouvoir la langue et la culture franaises, la Francophonie et le dialogue des cultures, dans la qute de ce mtissage culturel qui font les grandes civilisations.
Depuis 2001 il vit Toulon dans le Var.
Critique d'art , critique littraire, confrencier, metteur en scne et acteur amateur, il a publi de nombreux articles dans la presse latino-amricaine, notamment pour les quotidiens El Espectador, El Tiempo [Colombie], El Comercio, Hoy, El Diario del Caribe [Equateur].
Rmy Durand a publi aussi dans les revues SUD [Marseille], Voix d'Encre [Carpentras], Posie 1 [Paris], La Lettre sous le Bruit [La Seyne-sur-Mer], Lou Andras [La Seyne-sur-Mer], et dans de nombreuses anthologies.
Il est l'initiateur et le fondateur de rencontres potiques l'tranger, les Jueves poticos [Equateur] et les Poetry Thursdays [Irlande] ; en France, Toulon, il a fond en mars 2001 l'Association Gangotena, qui accueille une fois par mois un crivain franais ou tranger dont les textes sont lus par des comdiens, en synergie avec des musiciens. Il a fond les Editions Villa-Cisneros, dont les premiers ouvrages ont vu le jour fin 2001.
Il est Membre de la Socit des Ecrivains de l'Equateur, Membre de la Socit des Traducteurs irlandais et Membre de la Fondation Guayasamn [Equateur]
Rmy Durand est Commandeur dans l'Ordre du Mrite de la Rpublique d'quateur et Chevalier des Palmes acadmiques.

VOIR : http://www.remydurand.com/

remydurand2@wanadoo.fr

 

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